Après la « convergence des intifadas », la République des couvre-feux
Après les pillages des 17 et 18 octobre, Sébastien Lecornu se félicite d’une nuit « calme » grâce aux couvre-feux. Au moins 3 000 commerces ont été touchés, le ministre de l’Intérieur reste en poste et les Français sont priés de rester chez eux.
Ouf ! La République respire. Après avoir laissé piller ses commerces et incendier ses bâtiments publics, le gouvernement français a enfin trouvé comment rétablir l’ordre : vider les rues. Mardi 20 octobre, Sébastien Lecornu s’est félicité du « calme » retrouvé grâce aux couvre-feux partiels, imposés la veille dans plusieurs grandes villes.
À Paris, la place de la République et les Halles ont été placées sous couvre-feu de 23 heures à 6 heures, avec un hélicoptère pour surveiller le dispositif. À Lyon, une partie du centre-ville était interdite dès 21 heures. À Bordeaux, Lille et Nice, les restrictions visaient les mineurs. D’autres mesures sont prévues pour la nuit de mardi à mercredi, notamment à Marseille.
Le bilan des émeutes, lui, a encore enflé : au moins 3 000 commerces ont été touchés, selon Serge Papin, ministre des Petites et Moyennes Entreprises. Les commerçants auront droit à du chômage partiel et à un fonds de soutien. Le contribuable paiera donc une nouvelle fois les dégâts, les victimes paieront ce que les assurances ne couvrent pas et l’ensemble des assurés verra ses primes augmenter. « Nicolas qui paie » a le dos large.
Comme nous l’expliquions dans notre enquête sur les apprentis sorciers de la « convergence des intifadas », les revendications lycéennes ont servi de terrain de rencontre à des organisations syndicales, à LFI, à des réseaux d’ultragauche et à des collectifs communautaristes. Le 17 octobre, ils s’en sont donné à cœur joie pour incendier et dégrader des bâtiments publics, semant un chaos qu’attendaient les pillards pour mener leurs razzias. La convergence des luttes a surtout été celle des destructions.
Quant aux responsabilités gouvernementales, elles restent soigneusement limitées. Laurent Nuñez a reconnu une « perte de contrôle » dans certaines villes et présenté sa démission. Emmanuel Macron l’a refusée. En Macronie, on n’est jamais ni responsable ni coupable de rien. Le ministre conserve donc son portefeuille, les habitants ont perdu le contenu du leur et le droit de circuler dans certains quartiers.
Le gouvernement a donc trouvé la recette : quand il ne parvient pas à empêcher les casseurs de prendre possession des rues, il interdit aux autres d’y entrer. La France n’a pas seulement un problème d’ordre public. Elle a un problème d’autorité politique.
L’épreuve pourrait recommencer : les Gilets jaunes – qui n’ont plus grand-chose à voir avec ceux de 2018 et sont surtout devenus les cache-sexe de l’ultragauche – et les organisations étudiantes (on pourrait répéter l’incise précédente) appellent à une nouvelle mobilisation samedi 24 octobre. Laurent Nuñez promet cette fois davantage de policiers, notamment à Marseille. Il était peut-être temps d’y penser.
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