lundi 15 juin 2026
LesObservateurs.ch
Menu
En direct
Culture

2050, du Cardinal Robert Sarah et de Nicolas Diat

Francis Richard
21 avril 2026
9 min de lecture

Ce livre est le fruit de conver­sa­tions entre le Car­di­nal Robert Sarah et Nico­las Diat1, écri­vain et édi­teur. Dans le pré­am­bule, ce der­nier écrit :

Nous avons mis à pro­fit les beaux mois de l’an­née 2025 pour offrir une réflexion sur l’a­ve­nir de l’É­glise en 2050.

Cette inten­tion est reprise dans le ban­deau sous la forme d’une inter­ro­ga­tion :

Dans vingt-cinq ans, l’É­glise sera-t-elle encore un phare ou l’é­cho loin­tain d’une voix oubliée ?

Pour répondre à cette inter­ro­ga­tion, les conver­sa­tions entre le pré­lat et l’é­di­teur empruntent seize voies, comme autant de thèmes.

Quelques extraits, par thème, des pro­pos du Car­di­nal, don­ne­ront, peut-être, envie d’ap­pro­fon­dir la réflexion pro­po­sée, en se plon­geant dans l’ou­vrage.

L’Église

Toute ten­ta­tive pour mode­ler l’É­glise à l’aune de contin­gences his­to­riques ou cultu­relles, en oubliant sa nature divine, est vouée à l’é­chec. L’É­glise pos­sède une struc­ture per­ma­nente : elle vient de Dieu, vit en Dieu, retourne à Dieu. Sans Dieu, l’É­glise meurt. Sans Dieu, l’É­glise n’est qu’un simu­lacre d’elle-même. Mais parce que Jésus-Christ l’ha­bite, la sou­tient, la nour­rit, elle vit. Et sa mis­sion demeure : por­ter Dieu au monde.

L’œuvre de Dieu

La litur­gie 2 est, dans son essence, un ser­vice ren­du à Dieu pour le bien du peuple. Elle est le culte offi­ciel, public, solen­nel de l’É­glise ; elle se dis­tingue en cela de la prière pri­vée. La litur­gie existe tou­jours, même lorsque la fer­veur inté­rieure manque, à condi­tion que la forme soit res­pec­tée.

La mission

Sans prière, il n’y a pas de mis­sion véri­table. La mis­sion consiste […], essen­tiel­le­ment, à pro­cla­mer la Parole de Dieu. Et cette Parole, aux yeux de l’É­glise, est aus­si véné­rable que le Corps du Sei­gneur.

Le sacerdoce

Le prêtre n’est pas un simple admi­nis­tra­teur, ni un tra­vailleur social : il est le pont entre Dieu et les hommes. Il se tient devant l’Au­tel, à la manière du Christ, offrant non seule­ment les dons sacrés, mais sa propre vie. L’o­bla­tion de soi-même est en effet l’acte sacer­do­tal par excel­lence. La prière doit être cen­trale, prio­ri­taire et vitale dans la vie quo­ti­dienne du prêtre. Sans Dieu, sans prière, sans la foi vivante, la vie sacer­do­tale devient un ter­rain aride où se déve­loppent l’or­gueil, la dépres­sion, voire la per­ver­sion. Le renou­veau sacer­do­tal pas­se­ra par la sain­te­té du peuple de Dieu.

La vie contemplative

Ceux qui ont fait ce choix ont médi­té lon­gue­ment la vie de Jésus, ils l’ont contem­plée, et ils veulent l’i­mi­ter. Ils ont per­çu com­bien le silence fut consti­tu­tif de son exis­tence ter­restre : silence de Naza­reth, silence du désert, silence des nuits de prière. Com­ment n’au­raient-ils pas éprou­vé le désir pro­fond de ce silence qui per­met à l’âme de se livrer à Dieu seul ? Dans ce monde où tout parle, où tout crie, où l’on s’ex­prime jus­qu’à l’é­pui­se­ment, nous devons redé­cou­vrir la force du silence.

La tradition

La tra­di­tion apos­to­lique n’est pas une pous­sière que le temps aurait dépo­sé sur les véri­tés révé­lées. Elle est la res­pi­ra­tion même de l’É­glise, le flux conti­nu de la Parole reçue, médi­tée, vécue, trans­mise. Du latintra­di­tio, elle désigne l’acte de remettre, de livrer, de trans­mettre ce qui fut reçu. Elle n’a rien d’un conser­va­tisme sté­rile, ni d’une nos­tal­gie cris­pée. Elle est au contraire un pas­sage de témoin, un acte de fidé­li­té enra­ci­né dans l’hu­mi­li­té : je trans­mets ce que j’ai reçu, sans en alté­rer la pure­té, sans en tra­hir l’o­ri­gine. Nous avons reçu les Écri­tures, la Révé­la­tion, la tra­di­tion, le Magis­tère. Voi­là les colonnes d’ai­rain de l’É­glise. C’est notre richesse pour les siècles à venir. De même, l’a­ban­don, ou la sup­pres­sion, de la messe tri­den­tine, rite héri­té de saint Gré­goire le Grand, célé­bré par tant de saints, serait une insulte à la tra­di­tion.

La foi

L’op­po­si­tion clas­sique entre croire et savoir est plus com­plexe qu’il n’y paraît, car croire sup­pose tou­jours un mini­mum de savoir, et, bien sou­vent, savoir implique une forme de foi en autrui. La foi, au sens pro­pre­ment reli­gieux, se défi­nit comme un aban­don confiant et total de l’homme envers Dieu – un Dieu per­son­nel, vivant, ren­con­tré dans l’in­ti­mi­té du cœur. Il s’a­git d’une ren­contre entre deux per­sonnes, un mou­ve­ment réci­proque, une plé­ni­tude de pré­sence et un enga­ge­ment total. La foi chré­tienne sup­pose aus­si l’adhé­sion au « dépôt de la foi»- un ensemble de véri­tés objec­tives, trans­mises par les Apôtres.

La liturgie

Il est urgent de rendre à la litur­gie sa véri­té : qu’elle soit de nou­veau la célé­bra­tion du mys­tère chré­tien et rede­vienne le lieu où Dieu est pre­mier. La litur­gie est la ren­contre la plus haute, la plus sainte entre l’homme et Dieu. Elle doit expri­mer la stu­peur, le res­pect, la véné­ra­tion, l’a­do­ra­tion. Elle a pour cœur l’Eu­cha­ris­tie. Le culte, c’est l’Eu­cha­ris­tie. La litur­gie chré­tienne, loin de se cal­quer sur les cultures, en trans­cende les par­ti­cu­la­rismes.

L’athéisme

Si la pen­sée humaine refuse de se sou­mettre à la règle supé­rieure de la véri­té, elle ne sera plus conduite que par le caprice, c’est-à-dire, en der­nière ins­tance, par la tyran­nie des pas­sions et la ser­vi­tude des inté­rêts. En se cou­pant de la source divine, l’homme se détruit spi­ri­tuel­le­ment, et finit par se réduire lui-même à l’é­tat de machine et d’a­ni­mal. Seule une Église ayant retrou­vé la force inté­rieure de la prière, de la contem­pla­tion, de la vie sacra­men­telle, peut deve­nir un ins­tru­ment cré­dible et convain­cant.

La mission du successeur de Pierre

Le pape n’est pas choi­si pour ensei­gner ses idées ou réfor­mer l’É­glise selon les modes pas­sa­gères. Il est le Vicaire du Christ, le témoin de la Véri­té. Sa mis­sion est de trans­mettre ce qu’il a reçu, d’af­fer­mir la foi de ses frères, de por­ter au monde l’en­sei­gne­ment de Jésus-Christ et de se confor­mer à la Croix.

Les menaces de la division

La foi catho­lique, pour être reçue, doit […] impé­ra­ti­ve­ment être for­mu­lée avec jus­tesse, net­te­té et pré­ci­sion. La dif­fé­rence entre une litur­gie ancienne[le rite tri­den­tin par exemple]et une litur­gie nou­velle, toutes deux célé­brées selon les livres litur­giques, est bien moindre que celle célé­brée selon le mis­sel de Paul VI et cer­taines célé­bra­tions vul­gaires, désa­cra­li­sées, abu­sives, que l’on ren­contre hélas aujourd’­hui. L’u­ni­té dans la véri­té, l’u­ni­té dans la tra­di­tion vivante, l’u­ni­té dans le culte digne et sacré : tel est l’ap­pel de l’Es­prit-Saint à l’É­glise de notre temps.

L’orgueil et ses chutes monstrueuses

Le propre de l’or­gueilleux est la déso­béis­sance. Même doté d’in­tel­li­gence ou de finesse d’es­prit, il met sa gloire dans sa science, se com­plaît dans ses lumières, et détourne son regard de la Véri­té éter­nelle. À l’o­ri­gine de l’or­gueil moderne se trouve la volon­té de l’homme de se faire dieu. Cha­cun se veut libre de pen­ser à sa guise, selon les pul­sions de son moi, sans sou­ci d’une quel­conque confor­mi­té à l’ordre réel. Nous en sommes là : plus de véri­té recon­nue, plus de fon­de­ment stable, plus d’en­sei­gne­ment moral com­mun. L’or­gueil conduit à l’a­nar­chie de la pen­sée. L’homme refuse que sa conscience soit éclai­rée, gui­dée ou limi­tée par une morale qui le trans­cende. La per­ver­sion morale est deve­nue norme.

L’Église dans le monde

L’Oc­ci­dent paraît s’être détour­né de Dieu. L’É­glise y tra­verse une crise doc­tri­nale et morale pro­fonde. On la sent inti­mi­dée, presque para­ly­sée, comme si elle accom­pa­gnait doci­le­ment l’ef­fon­dre­ment de la famille et de la vie humaine, sans oser dénon­cer la dérive que consti­tuent les unions entre per­sonnes de même sexe, la léga­li­sa­tion de l’a­vor­te­ment ou du divorce. L’É­glise d’Oc­ci­dent semble désor­mais inca­pable de s’in­di­gner face à l’i­déo­lo­gie du genre et la néga­tion même de la nature humaine. L’homme veut chan­ger de sexe ? Il fau­drait s’a­dap­ter. Il veut épou­ser une per­sonne du même sexe ? Il fau­drait s’a­dap­ter. Il vou­drait mou­rir ? Il fau­drait l’eu­tha­na­sier. La loi devient l’ins­tru­ment des dési­rs. Dieu nous a don­né le pape Léon XIV ; ain­si Il ne per­met­tra pas que son Église soit détruite. Il y aura tou­jours des témoins, des résis­tants, des cœurs purs.

Le paganisme ecclésial

Lorsque l’on sup­prime Dieu du centre de la vie humaine, on ouvre la voie au rela­ti­visme éthique, au sub­jec­ti­visme moral, et à la désa­gré­ga­tion du lien social. Au sein de l’É­glise, cette dérive n’é­pargne pas cer­tains esprits. L’É­glise est aujourd’­hui en butte à un retour du paga­nisme, sous des formes par­fois sédui­santes, sou­vent mas­quées, mais tou­jours des­truc­trices. Ce paga­nisme ne détruit pas de l’ex­té­rieur. Il mine de l’in­té­rieur, infiltre les litur­gies, les dis­cours, les déci­sions. Il faut lui oppo­ser la sain­te­té, la clar­té doc­tri­nale, la prière fer­vente et l’hu­mi­li­té joyeuse.

Le relativisme

Le rela­ti­visme nie que l’homme soit capable de véri­té. Il refuse d’ad­mettre l’exis­tence d’une loi morale ins­crite dans le cœur de l’homme par le Créa­teur. Tout devient rela­tif au lieu, à l’é­poque, aux cultures, aux dési­rs pas­sa­gers. Réduire le chris­tia­nisme à une voix par­mi d’autres, c’est réduire l’u­ni­ci­té de l’In­car­na­tion. Le chris­tia­nisme n’est pas une inven­tion humaine, mais la révé­la­tion du Dieu vivant. Il est la seule Voie qui mène au Père.

La famille

Nous tra­ver­sons une période dif­fi­cile de des­truc­tion sys­té­ma­tique de la cel­lule de base de toute vie humaine : la famille. Le Par­le­ment euro­péen et cer­tains gou­ver­ne­ments occi­den­taux sont en train de pro­mou­voir de nom­breuses trans­for­ma­tions, des chan­ge­ments effrayants concer­nant la famille. Lorsque les lois perdent leur réfé­rence objec­tive au véri­table bien des per­sonnes et s’é­loignent du concept de nature et de loi natu­relle, elles deviennent injustes, iniques et bar­bares. Ce n’est pas parce qu’une loi a été votée dans un Par­le­ment démo­cra­tique qu’elle est en soi bonne. On assiste par­fois à une tyran­nie démo­cra­tique qui ne recon­naît aucune limite à son pou­voir et inter­dit toute dis­cus­sion.

Conclusions

Je suis per­sua­dé que le pape Léon XIV a été don­né à l’É­glise pour lui rendre son uni­té, pour la ras­sem­bler autour de cet acte de foi en la divi­ni­té du Christ. Il veut nous conduire à la seule uni­té pos­sible, l’u­ni­té dans la véri­té. J’ad­mire la déli­ca­tesse avec laquelle il sait effa­cer sa per­son­na­li­té pour lais­ser le Christ sou­ve­rain-prêtre appa­raître lors des litur­gies pon­ti­fi­cales. Le pape est pour tout catho­lique le père qui nous donne chaque jour le pain de la doc­trine sûre et l’eau de la beau­té de la litur­gie. Der­rière le pon­tife, nous mar­che­rons, dans les années qui viennent, forts dans la foi, fiers d’être fils de l’É­glise et heu­reux de nous lais­ser sau­ver par l’u­nique Sei­gneur. Nous mar­che­rons avec joie. Dans l’es­pé­rance. Forts avec le Christ.

Sur­sum cor­da !

2050, Car­di­nal Robert Sarah et Nico­las Diat, 288 pages, édi­tions Fayard (2026)

Notes

  1. Nico­las Diat a cin­quante ans. Dans vingt-cinq ans, il aura mon âge actuel…
  2. Le terme même de litur­gie – du greclei­tour­gia – signi­fie à l’o­ri­gine « œuvre populaire»ou ser­vice ren­du en faveur du peuple.

Livres du Car­di­nal Sarah pré­cé­dem­ment chro­ni­qués :

Ce texte est une publi­ca­tion com­mune avec le blogue francisrichard.net

Francis Richard
Francis Richard

De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), Francis Richard a travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et s'intéresse aux arts et lettres. Il anime le blogue "Semper longius in officium et ardorem".

Voir tous ses articles →
La Lettre des Observateurs

Chaque semaine, l’essentiel de l’actualité directement dans votre boîte mail.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *.

Nous encourageons les commentaires argumentés, documentés et respectueux. Les messages dont l'unique objet est la provocation, l'invective, le règlement de comptes ou la répétition de slogans sans lien avec le sujet traité pourront être modérés afin de préserver la qualité des échanges.