Quand la classe politique rejette la neutralité
Les partisans de l’adhésion à l’Union européenne viennent de présenter leurs arguments contre l’initiative pour la neutralité. Selon eux, la pratique pragmatique qui prévaut depuis 175 ans a fait ses preuves ; point n’est besoin de la modifier.
Ils oublient que cette pratique a été bouleversée avec le fumeux principe de neutralité active, c’est-à-dire de neutralité à la tête du client. Ainsi, notre neutralité est-elle désormais alignée sur Bruxelles et non plus sur les bons offices dont la Suisse était la championne. L’initiative sur la neutralité est nécessaire car elle vise à revenir à la façon dont la neutralité était mise en œuvre avant qu’elle ne soit dévoyée, détournée par quelques élus en mal de lumière. La neutralité est ou n’est pas, elle ne saurait être relative ou partielle. L’intégralité de notre neutralité garantit sa crédibilité.
Les opposants jugent le texte inutile dans la mesure où « à ce jour, la Suisse se tient déjà en retrait des conflits militaires d’autres États et ne fait partie d’aucune alliance militaire ou défensive ». Il faut être attentif à la précision « à ce jour », car cette situation n’est que provisoire. La classe politique appelle de ses vœux un rapprochement avec l’OTAN et maintient sciemment notre armée dans un état de délabrement avancé pour justifier une collaboration toujours plus étroite avec cette alliance, prélude à une adhésion, tout comme les mal nommées Bilatérales III constituent une nouvelle étape en vue de l’adhésion pure et simple à l’Union européenne.
L’initiative pour la neutralité dérange ses opposants dont elle brise les ambitions internationales, recentrant notre pays sur ses intérêts et non plus sur ceux de puissances étrangères auxquelles ils tiennent tant à se soumettre. Notre neutralité, c’est notre indépendance. Un mot qui insupporte la classe politique.