Place du Tunnel : un coup à blanc dans une Suisse armée jusqu’aux dents
Une altercation, un tir à blanc et vingt policiers mobilisés à Lausanne. L’incident rappelle un paradoxe helvétique : la Suisse compte beaucoup d’armes privées et très peu de crimes par balle.
Dimanche 16 août, peu après 19 h 20, la centrale vaudoise est alertée : trois hommes se disputent dans un immeuble de la place du Tunnel, à Lausanne, et il serait question d’une arme. À l’arrivée des agents, plus personne : les protagonistes ont filé. Le périmètre est bouclé, la place fermée à la circulation, et le dispositif de recherche mobilise une vingtaine de policiers – unités d’intervention, cellule de négociation, police judiciaire, appuyés par la police cantonale et la Police Riviera. À 22 heures, deux hommes sont interpellés à Clarens ; un troisième dans le nord de Lausanne. Il s’agit de deux Suisses de 21 et 22 ans, domiciliés sur la Riviera, et d’un Libyen de 25 ans, domicilié à Lausanne. Ce n’est que le lendemain que la police municipale précise, par communiqué, que le coup de feu aurait été tiré à blanc, avec une arme de poing, et que le différend serait « d’ordre financier ». Personne n’a été blessé. Reste à établir qui a tiré, à qui appartenait l’arme et si elle était détenue légalement.
L’épisode renvoie tout de même au singulier rapport suisse aux armes à feu. Le pays en regorge : la dernière estimation de référence du Small Arms Survey, publiée en 2018 pour l’année 2017, évaluait à 2,33 millions le nombre d’armes à feu détenues par des civils, soit 27,6 pour 100 habitants. La loi n’a rien de draconien, même si le revolver acheté avec les croissants relève du folklore : pistolets et revolvers nécessitent un permis cantonal d’acquisition.
On s’en sert pourtant fort peu contre autrui. Entre 2019 et 2023, l’OFS a recensé, hors sphère domestique, 69 victimes confrontées à une arme à feu sur 765, quand 456 avaient affaire à une lame. Dix-sept en sont mortes, un peu plus de trois par an. Ce qui n’exclut pas les drames : à Sion, en décembre 2023, l’homme soupçonné d’avoir tué deux personnes et blessé une troisième détenait deux armes enregistrées auprès de la police cantonale.