Présidentielle en Bulgarie : Kostadinov veut une Bulgarie neutre face à la guerre en Ukraine
Candidat à l’élection présidentielle bulgare du 25 octobre, le nationaliste Kostadin Kostadinov veut que son pays cesse d’armer l’Ukraine et se déclare neutre dans le conflit. Après les attaques de drones au large de ses côtes, l’argument porte, et il concerne directement la Suisse, appelée à voter le 29 novembre sur ses exportations d’armes.
Le 13 octobre, deux navires marchands ont été frappés par des drones à 33 kilomètres des côtes bulgares : l’un, propriété d’un armateur ukrainien, a été endommagé, l’autre a sombré, et onze de ses marins restent portés disparus, une semaine après un premier naufrage dans les mêmes eaux. Le Premier ministre Roumen Radev a jugé l’attaque inacceptable et convoqué l’ambassadeur de Russie, tout en reconnaissant qu’aucune preuve ne désignait clairement son auteur.
C’est sur cette ambiguïté que Kostadin Kostadinov, fondateur du parti Vazrajdane (Renaissance) et candidat à la présidence, a bâti sa fin de campagne. En meeting à Assenovgrad, il a reproché au gouvernement d’avoir convoqué l’ambassadeur russe mais pas l’ukrainien, alors que l’attaque pouvait selon lui venir de l’un comme de l’autre camp, et accusé Sofia de pousser le pays à devenir « de la chair à canon » contre la Russie, avant de conclure : « La paix est avec Vazrajdane, la guerre avec tous les autres. »
Ni Kiev ni Moscou
Interrogé sur la chaîne BTV, le candidat a dit vouloir proclamer une « neutralité active », formule dont l’adjectif est de trop, puisque ce qu’il décrit, ne soutenir aucun des deux belligérants, est la définition même de la neutralité ; il réserve l’épithète « passive » à la Turquie, qu’il accuse d’aider les deux camps à la fois, ce qui revient à reconnaître qu’elle n’est pas neutre du tout. « Quand un conflit fait rage chez votre voisin et que vous fournissez des armes à l’un des camps, pour des milliards, vous êtes impliqué », a-t-il martelé, avant de demander pourquoi, dans ce cas, la Bulgarie n’aiderait pas aussi la Russie. La question n’est pas qu’une provocation de tribune, puisque le droit de la neutralité impose aux États neutres, rappelle le Département fédéral des affaires étrangères, l’égalité de traitement entre belligérants pour les exportations d’armes des entreprises privées. Membre de l’OTAN, la Bulgarie ne pourrait certes pas être neutre comme la Confédération : ce que réclame Kostadinov, c’est une non-belligérance stricte dans cette guerre précise, assortie de l’arrêt des livraisons.
La vente plutôt que le don
Le candidat accuse aussi Roumen Radev d’avoir trompé les électeurs. Le Premier ministre avait annoncé en juin la fin des livraisons d’armes de l’armée bulgare à l’Ukraine, au motif que le pays avait « déjà assez donné », mais son ministre de la Défense, Dimitar Stoyanov, avait aussitôt précisé que la mesure visait la fourniture d’armes prélevées sur les stocks militaires, et non leur vente, ce qui laissait intactes les exportations de l’industrie privée. Or celles-ci ont explosé : selon les chiffres du ministère de l’Économie relayés par Novinite, les exportations directes d’armes et de munitions vers l’Ukraine sont passées de 12,6 millions d’euros en 2023 à 156 millions en 2024, sans compter les transits par des pays tiers.
Kostadinov affirme que la Bulgarie est aujourd’hui le premier exportateur d’obus d’artillerie vers l’Ukraine et que neuf obus ukrainiens sur dix seraient bulgares, des chiffres qu’aucune source indépendante ne permet de vérifier, et il en tire une conséquence : « Quand on met le feu à la maison du voisin, il ne faut pas s’étonner qu’il gagne la sienne. »
Le 29 novembre, la même question
Deux mois après le rejet de l’initiative sur la neutralité, le 27 septembre, la Confédération se prononcera le 29 novembre sur la modification de la loi sur le matériel de guerre, qui permettrait de livrer des armes à un État partenaire engagé dans un conflit armé et supprimerait l’exigence systématique d’une déclaration de non-réexportation. Le SECO assure que les exportations directes vers l’Ukraine resteraient interdites ; or c’est précisément par des pays tiers que la Bulgarie, dont les responsables juraient n’avoir envoyé aucune cartouche, est devenue l’un des principaux fournisseurs de Kiev. La question que Kostadinov pose à ses électeurs, celle de savoir si l’on peut armer un camp sans entrer dans la guerre, est, sous une autre forme, celle que les Suisses auront à trancher dans six semaines.
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