Genève : la transparence administrative, c’est du vent !
Une enquête de la RTS révèle que Genève a étudié 22 implantations d’éoliennes sans en informer plusieurs communes concernées. Plus surprenant : l’administration a caviardé les cartes pour préserver la sérénité du débat public.
Pour garantir un débat public serein, mieux vaut-il cacher aux citoyens les informations qui pourraient les contrarier ? À Genève, l’Office cantonal de l’énergie semble avoir trouvé la réponse. Selon une enquête de la RTS, une étude de 2018 envisageait 22 éoliennes dans sept communes, dont dix à Jussy. Plusieurs autorités communales ignoraient jusqu’à l’existence de ces potentielles implantations.
Obtenu grâce au droit d’accès aux documents administratifs, le rapport avait été amputé de ses cartes. Justification de l’administration : éviter la diffusion d’informations erronées et préserver la sérénité du débat public. Les journalistes ont finalement retrouvé les communes concernées en recoupant les données restantes. Voilà donc une singulière conception de la transparence : informer le public, à condition de lui retirer les éléments susceptibles d’alimenter la discussion.
Le canton assure qu’aucun projet concret n’existe : ni mesures de vent, ni étude technico-économique, ni promoteur identifié. Soit. Cela n’explique toujours pas pourquoi les cartes devaient rester secrètes. D’autant que les vingt ans de contestation du projet EolJorat Sud rappellent combien les implantations éoliennes peuvent engager l’avenir des territoires.
Le procédé n’est pas inédit. Sur les Bilatérales III, une expertise juridique critique est restée dans les tiroirs du Département fédéral des affaires étrangères. Dans un autre dossier, un document de référence de l’armée a été communiqué avec 40 % de son contenu noirci. Plus grave encore, concernant la sûreté nucléaire : à Beznau, l’autorité de surveillance avait soustrait 950 pages d’un rapport sur la fragilisation de la cuve du réacteur. En 2017, le Tribunal administratif fédéral a jugé ce caviardage intégral illégal.
De l’éolien au nucléaire, les enjeux diffèrent, la question demeure : qui décide de ce que les citoyens peuvent savoir ? Le droit de contrôler l’action publique suppose d’accéder aux informations, pas seulement aux morceaux que l’administration consent à montrer. Un débat démocratique sous tutelle informative n’a de démocratique que le nom.
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