« Plus le monde se complique, plus la neutralité devient importante pour la Suisse » : entretien avec Christoph Blocher
À 86 ans, l'ancien conseiller fédéral remonte au front pour faire inscrire la neutralité dans la Constitution. Avant le vote du 27 septembre, il défend une Suisse « perpétuellement » neutre, armée et intégrale – seule garante de deux siècles de paix.
À 86 ans, Christoph Blocher s’engage pour un combat essentiel : l’initiative sur la neutralité, soumise au peuple le 27 septembre. Le déclencheur ? La reprise par la Suisse, en 2022, des sanctions européennes contre la Russie – une entorse, à ses yeux, à un principe constitutionnel non écrit que Berne a peu à peu troué, contourné, démantelé. Campagne lancée sur le site des Tellspiele, références à Schiller : l’ancien conseiller fédéral inscrit sa démarche dans la longue histoire d’une Suisse libre et indépendante. Il a répondu par écrit à nos questions.
Entretien
Il existe un sujet pour lequel la Suisse a besoin de vous : la neutralité. Qu’est-ce qui, dans votre parcours personnel ou dans votre appréciation de la situation internationale, vous a convaincu de reprendre le combat à 86 ans ?
La neutralité suisse – la suisse, et non pas n’importe laquelle – est un pilier important pour la Suisse. Lorsqu’elle est respectée, elle jouit d’une grande confiance. La neutralité suisse empêche les États d’attaquer la Suisse et retient les politiciens suisses d’entraîner, par leurs activités, la Suisse dans des guerres. Elle est traditionnelle et « perpétuelle », armée et intégrale. Grâce à elle, la Suisse n’a plus connu de guerre depuis 200 ans et a pu demeurer en paix. Cette neutralité a été observée comme un principe constitutionnel non écrit, mais elle a été, ces derniers temps, toujours davantage trouée, contournée, voire démantelée. C’est pourquoi cette règle non écrite doit être inscrite dans la Constitution. Cela assure la paix à la Suisse, crée la confiance dans le monde et garantit à nouveau les bons offices de la Suisse en faveur de la paix dans le monde.
Qu’est-ce qui changerait pour la Suisse au lendemain d’un oui le 27 septembre ? Et que se passera-t-il, selon vous, si le texte est rejeté et que la pratique actuelle du Conseil fédéral se poursuit ?
Si le oui l’emporte, cela conduira à un renforcement de la Suisse dans le monde entier : la Suisse n’est l’ennemie de personne. En cas de non, il en résultera un grand danger de guerre pour le petit État indépendant qu’est la Suisse.
La reprise des sanctions européennes en 2022 a été le déclencheur de votre initiative. Comment une Suisse strictement neutre devrait-elle, selon vous, se comporter face à une guerre d’agression en Europe ? Quel rôle utile peut-elle assumer que d’autres ne peuvent pas remplir ?
Si la Suisse était restée neutre, c’est-à-dire si elle n’avait pas repris les sanctions de l’UE contre la Russie, mais n’avait pas non plus développé son commerce au détriment de l’UE, elle serait entrée en ligne de compte pour des entretiens, des médiations, etc., entre la Russie et les États-Unis. Une grande contribution en faveur de la paix mondiale serait devenue possible, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.
La neutralité suisse a toujours été davantage une pratique qu’un texte gravé dans le marbre, ce qui lui a conféré au fil de l’histoire une certaine souplesse. Pourquoi jugez-vous aujourd’hui nécessaire de l’inscrire dans la Constitution ?
Parce qu’elle n’est plus respectée aujourd’hui. Certains milieux veulent l’abolir complètement, parce qu’ils ne veulent plus non plus de la souveraineté – une adhésion à l’UE ou à l’OTAN est incompatible avec la neutralité. C’est pourquoi la gauche et les Verts sont favorables à la suppression de la neutralité.
Vous avez lancé la campagne sur le site des Tellspiele et citez volontiers Schiller. Que représente Guillaume Tell pour vous, et que dit-il encore à la Suisse de 2026 ?
Le grandiose mythe de Guillaume Tell, de Friedrich Schiller, retrace l’histoire de la fondation de la Suisse comme pays indépendant.
Au-delà du 27 septembre : comment voyez-vous la place de la Suisse dans un monde où les blocs se reconstituent ? Et quel message adressez-vous à la génération qui devra porter la neutralité – ou non – et la faire vivre ?
Plus le monde se complique, plus la neutralité devient importante pour la Suisse. Celui qui est véritablement neutre est pour la paix, et non pour la guerre !
Propos recueillis par Uli Windisch
Version allemande
Sie sagen, dass es ein Thema gibt, bei dem die Schweiz Sie braucht: die Neutralität. Was hat Sie in Ihrem persönlichen Werdegang oder in Ihrer Einschätzung der internationalen Lage davon überzeugt, mit 86 Jahren den Kampf wieder aufzunehmen?
Die schweizerische Neutralität – die schweizerische, nicht irgendeine – ist eine wichtige Säule für die Schweiz. Wenn sie eingehalten wird, geniesst sie grosses Vertrauen. Die schweizerische Neutralität hindert die Staaten, die Schweiz anzugreifen, und hemmt die Politiker der Schweiz, durch ihre Aktivitäten die Schweiz in Kriege zu führen. Sie ist traditionell und «perpétuelle» (dauernd), bewaffnet und integral. Dank ihr hat die Schweiz 200 Jahre keinen Krieg mehr erlebt und konnte im Frieden bleiben. Diese Neutralität wurde wie ein ungeschriebener Verfassungsgrundsatz befolgt, aber in jüngster Zeit immer mehr durchlöchert oder umgangen oder gar abgebaut. Darum muss dieser ungeschriebene Weg in die Verfassung. Das sichert der Schweiz Frieden, schafft Vertrauen auf der Welt und garantiert wieder die guten Dienste der Schweiz zugunsten des Friedens auf der Welt.
Was würde sich für die Schweiz am Tag nach einem Ja am 27. September ändern? Und was wird Ihrer Meinung nach geschehen, wenn der Text abgelehnt wird und die derzeitige Praxis des Bundesrates fortgesetzt wird?
Wenn ein Ja herauskommt, dann führt das zur Stärkung der Schweiz auf der ganzen Welt: Die Schweiz ist niemandes Feind. Bei einem Nein resultiert eine grosse Kriegsgefahr für den unabhängigen Kleinstaat Schweiz.
Die Übernahme der europäischen Sanktionen im Jahr 2022 war der Auslöser für Ihre Initiative. Wie sollte sich eine strikt neutrale Schweiz Ihrer Meinung nach gegenüber einem Angriffskrieg in Europa verhalten? Welche nützliche Rolle kann sie übernehmen, die andere nicht wahrnehmen können?
Wäre die Schweiz neutral geblieben, d. h. hätte sie die Sanktionen der EU gegen Russland nicht übernommen, aber auch den Handel zu Ungunsten der EU nicht ausgebaut, wäre sie für Gespräche, Vermittlungen etc. zwischen Russland und USA in Frage gekommen. Ein grosser Beitrag zugunsten des Weltfriedens wäre möglich geworden, was heute nicht mehr der Fall ist.
Die Schweizer Neutralität war stets eher eine Praxis als ein festgeschriebener Text, was ihr im Laufe der Geschichte eine gewisse Flexibilität verliehen hat. Warum halten Sie es heute für notwendig, sie in der Verfassung festzuschreiben?
Weil sie heute nicht mehr eingehalten wird. Gewisse Kreise wollen sie ganz abschaffen, weil sie auch die Souveränität nicht mehr wollen – EU- und NATO-Beitritt ist mit Neutralität unvereinbar. Die Linken und die Grünen sind darum für die Abschaffung der Neutralität.
Sie haben die Kampagne auf der Website der Tellspiele lanciert und zitieren gerne Schiller. Was bedeutet Wilhelm Tell für Sie, und was sagt er der Schweiz des Jahres 2026 noch?
Der grossartige Mythos Wilhelm Tell von Friedrich Schiller zeigt die Geschichte der Gründung der Schweiz als unabhängiges Land.
Über den 27. September hinaus: Wie sehen Sie die Stellung der Schweiz in einer Welt, in der sich die Blöcke wieder herausbilden? Und welche Botschaft richten Sie an die Generation, die die Neutralität – oder auch nicht – weitertragen und mit Leben erfüllen muss?
Je komplizierter die Welt wird, desto wichtiger wird für die Schweiz die Neutralität. Der wahrhaft Neutrale ist für den Frieden und nicht für den Krieg!