Roumanie : plus de 41 000 signatures contre la loi Vexler
En vigueur depuis Noël 2025, la loi roumaine dite « Vexler » punit de prison la diffusion de tout contenu jugé « fasciste » ou « xénophobe ». Une pétition en réclame l’abrogation, dans un pays qui a payé cher, sous le communisme, le délit d’opinion.
Promulguée le 23 décembre 2025, la loi n° 241/2025 porte le nom de son auteur, le député Silviu Vexler, président de la Fédération des communautés juives de Roumanie. Le président Nicușor Dan avait lui-même tenté de la bloquer, jugeant ses définitions trop floues, avant que le Parlement ne la revote telle quelle.
Le texte punit d’un à cinq ans de prison, peine majorée de moitié en ligne, la diffusion de « matériels fascistes, légionnaires, racistes ou xénophobes » (HotNews), « légionnaire » renvoyant à la Garde de fer de l’entre-deux-guerres. Or ces matériels désignent tout livre, article ou image véhiculant des « idées » de même nature, si bien qu’il revient au procureur de dire ce qu’est une idée « xénophobe ». Selon la campagne Stop Vexler, le tribunal d’Arad a ainsi ordonné en septembre, dans une décision non définitive, de retirer d’une salle de la cour d’appel de Bucarest la plaque dédiée à Istrate Micescu, grand avocat et ministre de l’entre-deux-guerres, mort en 1951 dans la prison communiste d’Aiud.
Ce retour du délit d’opinion heurte une mémoire encore vive, dans un pays où l’on était condamné, il y a soixante-dix ans, pour de simples « discussions hostiles » au pouvoir, comme en témoigne le dictionnaire des victimes du communisme établi par Cicerone Ionițoiu. Après les quelque 10 000 manifestants de Bucarest en janvier (Legal News Feed), la pétition lancée sur stopvexler.ro par Action conservatrice, le parti de l’eurodéputé Claudiu Târziu, dépasse les 41 000 signatures, et 42 parlementaires ont déposé fin mars au Sénat une proposition d’abrogation (HotNews).
La Roumanie ne fait pourtant que suivre une pente européenne. En Angleterre et au pays de Galles, la police a procédé en 2023 à 12 183 arrestations pour des messages en ligne jugés « gravement offensants » ou menaçants, soit plus de trente par jour, tandis que la police allemande organise des journées d’action au cours desquelles des dizaines de domiciles sont perquisitionnés pour des publications sur les réseaux sociaux (Heise).
On peut reprocher bien des choses aux États-Unis, mais pas le premier amendement de leur Constitution, qui interdit au Congrès toute loi restreignant la liberté d’expression. Depuis l’arrêt Brandenburg v. Ohio de 1969, défendre une idée, même odieuse, ne peut y être puni ; seul l’appel à une action illégale imminente peut l’être.
La Confédération aurait tort de se croire à l’abri. Le Conseil fédéral a transmis en juin au Parlement un projet de loi interdisant les symboles nazis dans l’espace public, et annonce déjà son extension à « d’autres symboles extrémistes » sans préciser lesquels. Le Royaume-Uni montre jusqu’où peut glisser ce genre d’appréciation : à Medway, dans le Kent, la municipalité travailliste a fait décrocher l’an dernier 727 drapeaux anglais et britanniques des lampadaires de ses rues, pour plus de 11 500 livres, en accusant ceux qui les avaient posés de vouloir semer « l’intimidation et la division ». Quand les couleurs nationales passent déjà pour un instrument d’intimidation aux yeux d’une administration, on devine ce que deviendrait entre ses mains une liste de symboles « extrémistes ».
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