Genève : moins d’accidents, toujours plus de chauffards
Deux automobilistes sont jugés à Genève pour un rodéo mortel en 2023. Le procès illustre un paradoxe inquiétant : les accidents reculent, tandis que les délits de chauffard explosent dans le canton et en Romandie.
Deux automobilistes sont jugés depuis le 5 octobre devant le Tribunal correctionnel de Genève pour un rodéo routier qui s’est achevé, le 22 juillet 2023, par la mort d’une cycliste de 31 ans. Selon l’acte d’accusation, les deux hommes se sont lancés à vive allure entre les quais et la rue de Lausanne. Le plus âgé aurait atteint 142 à 148 km/h lorsqu’il a percuté la jeune femme, avant de heurter une voiture arrivant en sens inverse. Tous deux répondent notamment de meurtre, tentative de meurtre et violation fondamentale des règles de la circulation.
Le conducteur qui a heurté la cycliste conteste avoir participé à une course-poursuite, l’autre reconnaît un « petit jeu », mais assure s’en être retiré avant le choc. Toute la difficulté judiciaire est là : déterminer si chacun a accepté le risque de tuer, y compris celui qui n’a pas directement percuté la victime. Genève a déjà vécu ça. Après le rodéo des Charmilles de 2013, le Tribunal fédéral avait confirmé en 2018 la condamnation à cinq ans de prison pour meurtre par dol éventuel du conducteur principal. La Suisse n’est d’ailleurs pas seule à traiter pénalement ces courses comme autre chose qu’un simple gros excès de vitesse. En Allemagne, une course automobile illégale ayant causé la mort peut valoir jusqu’à dix ans de prison.
Ce procès tombe alors qu’en 2025, la police cantonale a constaté une nouvelle baisse globale des accidents, confirmant une tendance générale, avec déjà une baisse de -4,5 % en 2024. Dans le même temps, les délits de chauffard partent en vrille : comme nous l’écrivions en août, ils sont passés de 166 à 326 en Suisse romande entre 2021 et 2025, dont 129 cas à Genève. En clair, le bon citoyen conduit toujours plus sagement, les racailles du bitume se multiplient.
L’affaire jugée cette semaine est donc loin d’être un cas isolé. En juillet, Les Observateurs relataient la mort d’un motard genevois, heurté alors qu’il était arrêté à un feu rouge. Selon le Ministère public, deux voitures circulaient alors « à très vive allure » et l’un des conducteurs a percuté le deux-roues par l’arrière. L’enquête doit encore établir les responsabilités, mais ce schéma récurrent met en lumière le manque d’action des forces de l’ordre contre les vrais dangers publics de la route.
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