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Économie

Nous devons leur dire que nous comprenons et reconnaissons leurs préoccupations

Yvan Perrin
2 juin 2026
3 min de lecture

Le titre de ce billet est tiré d’une inter­view de Moni­ka Rühl, direc­trice d’Economiesuisse, parue dans Le Temps, au sujet de l’initiative « Pas de Suisse à 10 mil­lions ! ».

Ce que la dame ne dit pas, c’est que la faî­tière n’en a rien à battre de ce que vit la popu­la­tion suisse au quo­ti­dien. Les bou­chons inter­mi­nables, l’impossibilité de trou­ver un loge­ment, qui plus est à un loyer abor­dable, les trans­ports publics sur­char­gés à telle enseigne qu’on fait désor­mais des­cendre des pas­sa­gers, le béton­nage inten­sif qui tue faune, flore et ravage nos pay­sages, tout cela laisse de marbre les repré­sen­tants du capi­ta­lisme pré­da­teur.

Si Eco­no­mie­suisse com­pre­nait et recon­nais­sait les pré­oc­cu­pa­tions du citoyen lamb­da, elle com­men­ce­rait par ver­ser des salaires qui per­mettent de vivre. L’une de ses têtes pen­santes, Roland Mül­ler, direc­teur de l’U­nion patro­nale suisse, a été clair, décla­rant l’an der­nier : qu’un « salaire décent n’est pas la res­pon­sa­bi­li­té des employeurs ». Et voi­ci tout à coup que les grands pontes se sou­cient du bas peuple, de ces petites mains cor­véables à mer­ci qu’on rem­place par des nou­veaux venus dès 50 ans pour cause de coti­sa­tions sala­riales éle­vées ! Allons, allons, qui peut croire à cette sou­daine sol­li­ci­tude ? Quelques naïfs et sur­tout ceux à qui le per­son­nel bon mar­ché venu de loin man­que­ra. Car c’est de cela dont il est ques­tion. Alors que le chô­mage explose, démen­tant la théo­rie du manque de main-d’œuvre, c’est le fait de ne plus pou­voir exer­cer un chan­tage sur les sala­riés au cas où ils ne se plie­raient pas aux dési­dé­ra­tas d’Economiesuisse qui inquiète les grands patrons.

Leur aveu­gle­ment est tel que la direc­trice en arrive à pré­tendre ceci :

« La crois­sance pro­fite à l’ensemble de la popu­la­tion, toutes les études macroé­co­no­miques le démontrent, notam­ment à tra­vers le main­tien d’un taux d’emploi his­to­ri­que­ment éle­vé. »

Mépris total pour celles et ceux que les études macroé­co­no­miques occultent, ces gens qui souffrent des maux évo­qués plus haut et de bien d’autres, mais dont les dif­fi­cul­tés ne figurent pas dans les sta­tis­tiques. On ne les voit pas dans un tableur Excel. L’important, c’est la crois­sance glo­bale, pas la façon dont elle pro­fite ou pas à la popu­la­tion. Pré­tendre que la crois­sance pro­fite à l’ensemble de la popu­la­tion, c’est sim­ple­ment démon­trer clai­re­ment qu’Economiesuisse n’a aucune connais­sance de la vie des femmes et des hommes qui consti­tuent la popu­la­tion en ques­tion. Tout en affir­mant quand même que « nous devons leur dire que nous com­pre­nons et recon­nais­sons leurs pré­oc­cu­pa­tions. » On ne sau­rait mieux se moquer du monde.

Le 14 juin, OUI à l’i­ni­tia­tive “Pas de Suisse à 10 mil­lions !”

Yvan Perrin
Yvan Perrin

Ancien Conseiller national.

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