Fake news : les médias romands, cancres de l’info, vont donner des leçons aux écoliers
Dès 2027, les grands médias romands veulent apprendre à 40 000 collégiens à débusquer les fake news. Noble mission, sauf que la RTS, Swissinfo, Blick ou Tamedia ont eux-mêmes diffusé des informations fausses ou trompeuses. L’esprit critique sera-t-il réservé aux réseaux sociaux et aux médias indépendants, ou s’appliquera-t-il aussi aux nouveaux professeurs ?
Les médias romands annoncent leur entrée dans les écoles. Dès janvier 2027, une association soutenue par la RTS, les éditeurs de presse et les autorités scolaires ambitionne de sensibiliser aux « fake news » 40 000 élèves de 12 à 16 ans par an. Les grands médias viennent donc dispenser des leçons de vérification. Un détail : leur propre carnet de notes comporte quelques zéros pointés.
En février 2026, le Tribunal fédéral a obligé Swissinfo, plateforme de la SSR, à rectifier un article sur le chocolatier Läderach. Le site laissait croire que la Confédération l’avait écarté d’un partenariat pour des raisons de réputation. C’était trompeur. Les Observateurs avaient relayé cette condamnation. Difficile de faire plus officiel qu’un arrêt de la plus haute juridiction suisse.
La RTS a, elle aussi, offert un cours pratique. En 2020, son 19h30 a illustré une manifestation écologiste pacifique sur la place Fédérale avec une image d’une autre manifestation, violemment réprimée. En 2021, le Conseil suisse de la presse a dénoncé une erreur grossière. La chaîne l’avait reconnue et corrigée. Une image vraie, un contexte faux : voilà une désinformation visuelle parfaite pour un atelier scolaire.
Blick n’est pas à l’abri. En septembre 2025, le journal a repris une dépêche de Bloomberg annonçant à tort que Karin Keller-Sutter avait été écartée des négociations douanières avec Washington. Blick a ensuite reconnu et corrigé cette fausse information. La réputation d’une grande agence ne dispense donc pas de recouper.
Qui donnera des leçons de fake news aux médias centraux ?
Même tableau chez Tamedia : en 2022, le Département fédéral de justice et police a relevé plusieurs erreurs factuelles dans un article sur la surveillance des téléphones, notamment sur l’accès policier aux données de localisation. Il s’agit ici d’un démenti du département, pas d’un jugement indépendant. Le groupe publie notamment 24 heures et la Tribune de Genève.
Qu’une rédaction se trompe puis rectifie n’en fait pas une officine de mensonges. C’est précisément pourquoi le mot « fake news » ne devrait pas devenir une étiquette commode pour disqualifier les médias indépendants ou toute information qui dérange. Or, les promoteurs du projet dénoncent surtout les réseaux sociaux, tout en s’inquiétant de la perte de public des médias traditionnels. Éducation citoyenne ou reconquête des jeunes lecteurs ? La réponse tiendra sans doute dans le contenu des formations dispensées à nos élèves : apprendre à vérifier, oui, à condition de les laisser « fact-checker » aussi le 19h30, les quotidiens installés et leurs formateurs. L’esprit critique n’a pas de carte de presse.
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