Le RN et son angle mort numérique : la charge de Fabrice Epelboin
Dans un long texte publié sur X, Fabrice Epelboin – entrepreneur, enseignant (ex-CELSA, Sciences Po Paris) et spécialiste des questions d’infowar – dresse un constat sévère de l’attitude du Rassemblement national après le vote sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
Ce qu’il décrit n’est pas un raté de communication, mais une absence pure et simple : aucun élément de langage commun, aucune concertation visible, aucune équipe de riposte. Le parti qui avait critiqué le DSA et voté contre Chat Control n’a cette fois opposé, écrit-il, « pas d’opposition construite, pas d’abstention assumée, pas de contre-proposition ». Pire : élus et relais s’en sont pris à leurs propres militants en ligne, c’est-à-dire aux seuls porteurs organiques de son message.
L’argument est ensuite électoral. Les moins de 40 ans, largement hors de portée des médias traditionnels, constituent le principal gisement d’abstentionnistes mobilisables – la seule réserve de voix réellement disponible, quand boomers et génération X sont déjà pleinement mobilisés. Or cet électorat n’est adressable que par les réseaux sociaux et l’écosystème des médias alternatifs, dont Epelboin estime la portée à 6 ou 8 millions de personnes. Le RN vient de se fâcher avec lui au moment précis où s’ouvre la course présidentielle – l’exact inverse de la stratégie podcasts qui a servi Donald Trump en 2024.
Reste l’ironie finale qu’il souligne : une vérification d’âge à l’échelle nationale conduit techniquement à rattacher chaque compte à une identité civile, donc à la fin du pseudonymat. C’est-à-dire à la disparition de la condition même qui permet à une partie des sympathisants du RN de s’exprimer en ligne.
Le diagnostic nous paraît difficile à contester : un parti incapable de tenir une ligne sur un sujet numérique en 2026 n’a pas un problème de communication, il a un problème de crédibilité gouvernementale.