Hongrie : la nouvelle majorité liquide le Mathias Corvinus Collegium
Dissoute cet été par le gouvernement de Péter Magyar, la fondation qui portait le plus grand centre de formation des talents du pays ne laisse qu’une coquille vide. Son fondateur, András Tombor, annonce qu’il saisira les tribunaux hongrois et européens.
Fondé il y a trente ans par la famille Tombor, le Mathias Corvinus Collegium (MCC) accueille quelque 8 000 jeunes. Doté sous Viktor Orbán d’un vaste patrimoine public, dont des actions du pétrolier MOL et du laboratoire Richter, il était devenu l’un des viviers du camp conservateur. Tisza avait promis de supprimer ces fondations dites KEKVA, et une loi entrée en vigueur fin juin les a dissoutes en rendant leurs actifs à l’État.
Dans un communiqué publié dimanche, András Tombor assure que la fondation était prête à restituer tous les biens publics, passés selon lui de 485 à 825 milliards de forints (plus de deux milliards d’euros), ainsi que leurs rendements, pour subsister comme fondation privée. Le gouvernement a refusé et confié les programmes à un organisme d’État (Kontroll). Si ce récit est exact, l’argent public n’était qu’un prétexte et c’est l’institution qu’on voulait abattre, ramenée, dit-il, au rang de « résidence étudiante grise et ennuyeuse ».
L’affaire s’inscrit dans une dérive plus large. En juillet, la majorité des deux tiers a voté un amendement constitutionnel taillé sur mesure pour écarter le chef de l’État, Tamás Sulyok, et les juges constitutionnels de plus de 70 ans, tout en interdisant de se représenter aux députés ayant accompli trois mandats, ce qui frappe plus de la moitié des élus du Fidesz (ConstitutionNet).
Pareille opération serait impossible dans la Confédération, où toute révision de la Constitution doit obtenir l’aval du peuple et des cantons (art. 140 Cst.). À Budapest, deux tiers des sièges suffisent : ce que le Fidesz avait bâti avec sa majorité qualifiée, Tisza le démolit avec la sienne, sans que les électeurs aient leur mot à dire entre deux scrutins.
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