Genève deuxième au classement du crime : médaille méritée, podium trompeur
Avec 94,2 infractions pour 1 000 habitants, Genève affiche le deuxième taux de criminalité le plus élevé de Suisse, derrière Bâle-Ville. Une donnée inquiétante, mais un examen rigoureux des chiffres conduit pourtant à nuancer le tableau.
Deuxième canton le plus exposé à la criminalité de Suisse : Genève est-elle devenue un coupe-gorge ? En 2025, elle compte 94,2 infractions au Code pénal pour 1 000 habitants, loin devant la moyenne nationale de 61,3 et derrière le seul Bâle-Ville, qui survole le classement à 147,6. La Fondation pour l’attractivité du canton de Genève (FLAG) y voit un niveau de criminalité durablement élevé.
Le classement mérite toutefois d’être détaillé. Entre 2022 et 2025, le taux d’infractions au Code pénal augmente de 9,5 % à Genève. C’est davantage que Zurich (+5,6 %), mais loin de Bâle-Ville (+14,5 %) et surtout très loin de Vaud (+44,7 %). Même contraste pour les cambriolages : +2,3 % à Genève, contre +79,3 % dans Vaud et +39 % à Bâle-Ville. Genève part de plus haut, elle ne connaît donc pas la flambée la plus spectaculaire.
Le choix de 2022 comme point de référence accentue aussi l’impression de décrochage sécuritaire. La police cantonale rappelle qu’après 58 800 infractions en 2015 et 47 499 en 2019, Genève avait touché un plancher de 38 234 en 2021, pendant le Covid. Le retour de la mobilité a ramené les chiffres à 43 838 en 2022, puis jusqu’à 52 146 en 2024. En 2025, ils redescendent à 50 020, soit -4 % sur un an.
Autre biais : comparer un canton presque entièrement urbain à Zurich ou Vaud, où les zones rurales abaissent la moyenne. Ville contre ville, Genève paraît moins singulière. Pour les violences, elle affiche 9,8 faits pour 1 000 habitants, quasiment comme Zurich (9,9) et moins que Lausanne (12,6), Bienne (11,6) ou Bâle (14,5). Pour les vols hors vol à l’étalage, Genève (53,8) est au niveau de Lausanne (54,1) et Berne (53).
Ces corrections de méthode n’effacent pas des signaux bien réels. Les violences graves ont progressé de 21,4 % entre 2022 et 2025, de 201 à 244 cas – en léger reflux toutefois par rapport aux 253 de 2024. Les vols dans les caves ont bondi de 65 % en 2025, de 406 à 668 cas, et les violences domestiques ont dépassé les 2 000 cas ; les home-jackings, passés de 15 à 18, rappellent surtout la prudence qu’imposent les petits effectifs, trois cas suffisant à fabriquer un +20 %. La dimension transfrontalière, elle, se lit dans les prévenus : sur les 1 324 ressortissants français recensés par la statistique policière 2025, 966 relèvent de la catégorie « autres étrangers » de l’OFS, qui regroupe notamment frontaliers, titulaires d’une autorisation de courte durée, personnes de passage et individus sans titre de séjour. Près de trois prévenus français sur quatre ne sont donc pas établis durablement en Suisse ; la police se borne à relever que cette mobilité complique les identifications, sans en faire la cause du niveau élevé des infractions.
Genève n’est donc pas en train de basculer : les infractions ont baissé de 4 % en 2025. Le canton est en revanche, depuis des années, l’un des plus touchés de Suisse, parce qu’il cumule tout ce qui attire la délinquance : une ville dense, riche, posée sur la frontière.