À Genève, les patrons ont moins peur du crime que du déclassement
À Genève, 68,2 % des dirigeants interrogés jugent la sécurité en recul. Pourtant, près d’un sur deux se dit encore en sécurité. Derrière l’alarme pénale, affleure surtout la peur de voir Genève perdre un avantage comparatif.
À Genève, les patrons ont-ils vraiment peur de sortir le soir ? L’enquête 2025 de la Fondation pour l’attractivité du canton de Genève (FLAG), créée par des entrepreneurs, livre un paradoxe plus subtil que ne le laissent entendre les titres alarmistes. Parmi les 88 dirigeants interrogés, 68,2 % estiment que la sécurité s’est dégradée en trois ans. Pourtant, 46,6 % disent se sentir en sécurité dans le canton et seulement 14,8 % répondent franchement « non » à la question : « Vous sentez-vous en sécurité à Genève ? » La FLAG précise que cet échantillon de dirigeants d’entreprises, correspondant à près de 30 000 emplois, n’est pas représentatif au sens strict.
En entrant dans le détail des chiffres, on constate que parmi ceux qui ne se sentent pas en sécurité, 71,7 % invoquent d’abord l’augmentation des « cas rapportés » d’agressions violentes, 52,2 % les incivilités, 50 % les cambriolages dans leur entourage et 47,8 % les comportements illicites visibles dans l’espace public. La victimisation personnelle arrive tout en bas du graphique. La FLAG admet même que la couverture médiatique peut amplifier la perception des cambriolages.
Le malaise dépasse donc l’expérience directe du crime. Il ressemble davantage à un sentiment de déclassement : Genève reste globalement sûre, mais moins qu’elle ne devrait l’être. Pour une fondation vouée aux conditions-cadres et à la compétitivité, l’inquiétude devient logiquement économique. 39,8 % des dirigeants citent une dégradation du climat de sécurité parmi les raisons qui pourraient les inciter à quitter Genève, derrière la fiscalité.
La population générale fournissait jusqu’ici un contrepoint. Dans le Diagnostic local de sécurité 2023, 28,9 % des résidents disaient se sentir en insécurité seuls dans leur quartier le soir, contre 34,2 % en 2016. Le prochain diagnostic, attendu au troisième trimestre 2026, dira si les Genevois ont depuis rejoint leurs états-majors économiques dans leur perception de l’insécurité.
Reste que celle-ci est bien réelle, si l’on veut bien se pencher sur les chiffres : les infractions sont bien remonté depuis 2022 et certains phénomènes violents progressent. L’étude FLAG mesure néanmoins autre chose : la crainte des élites économiques de voir Genève perdre l’un de ses éléments distinctifs, la tranquillité suisse.