lundi 15 juin 2026
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G7 : pendant que Genève se barricade, Emmanuel Macron réunit les grandes puissances économiques, dont la Chine, avant le sommet d’Évian

Alors qu'Emmanuel Macron réunit ce jeudi les grandes économies mondiales, Chine comprise, pour préparer le sommet d'Évian, Genève se prépare au pire.

Les Observateurs (la rédaction)
6 min de lecture

Alors qu’Em­ma­nuel Macron réunit jeu­di les grandes éco­no­mies mon­diales, Chine com­prise, pour pré­pa­rer le som­met d’É­vian, la rive suisse du Léman bas­cule en mode crise. Fer­me­ture des postes-fron­tières, 4 000 mili­taires déployés, Genève à l’ar­rêt : sans sié­ger au G7 − qu’elle n’a pas voca­tion à inté­grer −, la Suisse en subit de plein fouet les contraintes. Et conteste une fac­ture qu’elle juge lar­ge­ment repor­tée sur ses épaules.

À quelques jours de l’ou­ver­ture du som­met du G7 à Évian, Emma­nuel Macron orga­nise ce jeu­di une visio­con­fé­rence réunis­sant les prin­ci­pales éco­no­mies mon­diales, avec l’ob­jec­tif affi­ché de ren­for­cer la coopé­ra­tion éco­no­mique inter­na­tio­nale et d’a­pai­ser les ten­sions com­mer­ciales. Mais pen­dant que l’É­ly­sée orchestre cette diplo­ma­tie de la crois­sance, c’est de l’autre côté du Léman que se joue une tout autre réa­li­té : Genève entre en état de siège, sous un dis­po­si­tif de crise sans pré­cé­dent.

Bap­ti­sée « Som­met de conver­gence mon­diale pour la crois­sance », cette ini­tia­tive ras­sem­ble­ra les pays membres du G7 (Alle­magne, Cana­da, États-Unis, France, Ita­lie, Japon et Royaume-Uni) ain­si que le Fonds moné­taire inter­na­tio­nal (FMI) et plu­sieurs grandes éco­no­mies émer­gentes invi­tées au G7, dont le Bré­sil, l’Inde, la Corée du Sud, le Kenya et l’É­gypte. La Chine, elle, est conviée à une visio­con­fé­rence des­ti­née à ren­for­cer la « coopé­ra­tion » éco­no­mique mon­diale en amont du som­met − un for­mat dis­tinct de la ren­contre d’É­vian, à laquelle Pékin n’est pas invi­té.

Selon l’É­ly­sée, cette réunion doit per­mettre de favo­ri­ser un dia­logue entre les grandes puis­sances indus­trielles et les pays émer­gents afin de créer les condi­tions d’une crois­sance mon­diale plus équi­li­brée et durable. Paris estime que la réduc­tion des dés­équi­libres éco­no­miques mon­diaux consti­tue l’un des prin­ci­paux défis aux­quels l’é­co­no­mie inter­na­tio­nale est confron­tée.

Une visioconférence pour parler économie

Conviée à cette visio­con­fé­rence, la Chine n’est en revanche pas atten­due à Évian même, où ne se ren­dront que les éco­no­mies émer­gentes invi­tées au som­met. Sa pré­sence à ce for­mat pré­pa­ra­toire n’a rien de sur­pre­nant, un dia­logue avec la deuxième puis­sance mon­diale sur les dés­équi­libres com­mer­ciaux relève du bon sens. Reste à savoir ce que la France, dont la dette publique frôle désor­mais les 3 500 mil­liards d’eu­ros, pèse réel­le­ment dans une dis­cus­sion de cette ampleur.

Paris affiche en tout cas de larges ambi­tions. La France sou­haite notam­ment pro­mou­voir une réin­dus­tria­li­sa­tion de l’Eu­rope tout en cher­chant à rééqui­li­brer ses rela­tions com­mer­ciales avec les États-Unis et la Chine. Les auto­ri­tés fran­çaises consi­dèrent que les ten­sions com­mer­ciales crois­santes entre les grandes puis­sances fra­gi­lisent la sta­bi­li­té éco­no­mique mon­diale et péna­lisent éga­le­ment les pays les plus vul­né­rables.

Cette ini­tia­tive s’ins­crit dans la pré­pa­ra­tion du som­met du G7 qui se tien­dra du 15 au 17 juin à Évian-les-Bains. Emma­nuel Macron entend faire de la coopé­ra­tion éco­no­mique, de la sécu­ri­sa­tion des chaînes d’ap­pro­vi­sion­ne­ment stra­té­giques, du numé­rique, de l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle et du déve­lop­pe­ment durable plu­sieurs des thèmes cen­traux de cette ren­contre inter­na­tio­nale.

Genève en état de siège

Si la Suisse n’est pas membre du G7 − et n’a aucune rai­son de l’être, le for­mat étant réser­vé aux sept puis­sances qui le com­posent −, sa géo­gra­phie la place mal­gré elle en pre­mière ligne. Le som­met se tient à Évian, à quelques cen­taines de mètres seule­ment de la rive suisse, et ses contraintes débordent méca­ni­que­ment sur la région léma­nique, qui se pré­pare à un défi sécu­ri­taire majeur impli­quant Genève, Vaud, le Valais et la Confé­dé­ra­tion. C’est là tout le malaise : Berne n’a pas eu voix au cha­pitre sur un évé­ne­ment dont elle assume pour­tant une large part des coûts et des risques.

La situa­tion est telle que la Tri­bune de Genève a publié un « guide pra­tique pour sur­vivre aux per­tur­ba­tions » du som­met. Télé­tra­vail, mobi­li­té, loi­sirs : le jour­nal y détaille les infor­ma­tions à connaître pour anti­ci­per les per­tur­ba­tions annon­cées et tenir jus­qu’au 18 juin. Le quo­ti­dien recense les fer­me­tures de douanes, l’au­to­route cou­pée et les trans­ports en com­mun per­tur­bés − dès le 11 juin, les TPG anti­cipent de fortes per­tur­ba­tions, avec des lignes trans­fron­ta­lières sus­pen­dues et plu­sieurs par­cours adap­tés.

Les auto­ri­tés can­to­nales gene­voises ont acti­vé un véri­table plan de crise. De nom­breux points de pas­sages fron­ta­liers entre le can­ton de Genève et la France seront tem­po­rai­re­ment com­plè­te­ment fer­més du ven­dre­di 12 au jeu­di 18 juin 2026, cer­tains dès le milieu de l’a­près-midi du 11 juin. Sur le ter­rain, le dis­po­si­tif est mas­sif : Berne a confir­mé le déploie­ment d’en­vi­ron 4 000 mili­taires sur le ter­ri­toire afin d’é­pau­ler les forces civiles durant le som­met, tan­dis que les 1 500 poli­ciers can­to­naux gene­vois seront mobi­li­sés, épau­lés par des ren­forts venus d’autres régions du pays. Du 12 au 18 juin, seuls sept des trente-cinq postes-fron­tières res­te­ront ouverts avec la France, et les auto­ri­tés recom­mandent déjà le télé­tra­vail pour limi­ter les dépla­ce­ments. Gui­chets admi­nis­tra­tifs fer­més, ser­vices en ligne sus­pen­dus, res­tric­tions de cir­cu­la­tion sur l’au­to­route A1, com­merces qu’on bar­ri­cade aux quatre coins de la ville : Genève se met lit­té­ra­le­ment à l’ar­rêt.

Une facture qui passe mal

C’est sur­tout le par­tage de la fac­ture qui passe mal. Selon Berne, la France aurait accep­té de ver­ser 12 mil­lions d’eu­ros, soit envi­ron le quart seule­ment du dis­po­si­tif sécu­ri­taire suisse. Le sou­ve­nir du G8 de 2003, qui avait coû­té à Genève plus de 40 mil­lions de francs et don­né lieu à des affron­te­ments de grande ampleur, nour­rit les craintes d’un scé­na­rio qui se répète. Le pré­sident de la Confé­dé­ra­tion Guy Par­me­lin aurait adres­sé un cour­rier sévère à Emma­nuel Macron pour dénon­cer les coûts engen­drés et le manque de concer­ta­tion préa­lable. Le reproche ne porte donc pas sur une absence à la table des grands, mais sur une coor­di­na­tion jugée insuf­fi­sante et un report des charges sur le voi­sin.

En marge de ce ren­dez-vous diplo­ma­tique, le pré­sident fran­çais rece­vra éga­le­ment cette semaine plu­sieurs diri­geants étran­gers, dont le Pre­mier ministre cana­dien Mark Car­ney et son homo­logue indien Naren­dra Modi, avant d’ac­cueillir offi­ciel­le­ment les chefs d’É­tat et de gou­ver­ne­ment du G7 sur les rives du lac Léman. Côté fran­çais, une fête diplo­ma­tique ; côté suisse, un voi­sin qui en assume les nui­sances, les risques et une bonne par­tie des coûts.

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