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Martigny : une foire qui prospère parce qu’elle est devenue une tradition

Avec 254 401 visiteurs en 2025, la Foire du Valais n’est pas la plus grande de Suisse. Son succès est plus intéressant : alors que les foires généralistes déclinent, Martigny gagne du public et devient patrimoine vivant.

Richard Dalleau
12 septembre 2026
3 min de lecture

En Suisse, la Foire du Valais n’a pas la première place. Ses 254 401 visiteurs en 2025, un record historique, restent derrière les 335 000 visiteurs de l’OLMA de Saint-Gall et les 334 000 de la BEA de Berne la même année. Martigny joue néanmoins dans la cour des très grands. Sa 66e édition, prévue du 2 au 11 octobre, annonce de nouveau plus de 400 exposants et 250 000 visiteurs.

Surtout, ce succès s’inscrit dans la durée. Le Comptoir de Martigny accueillait 22 000 personnes en 1960, lors de sa première édition. Il franchissait les 100 000 en 1974, atteignait 141 171 visiteurs en 2002, puis 233 779 en 2019. Les fluctuations d’une édition à l’autre ne changent pas la courbe de fond : en soixante-cinq ans, la fréquentation a été multipliée par plus de onze.

Pourquoi la Foire du Valais prospère-t-elle quand d’autres ont disparu ? Le contraste est frappant avec le Comptoir suisse de Lausanne. Celui-ci attirait encore près de 1,1 million de visiteurs en 1986, avant de tomber à 61 000 en 2018, puis de cesser sous sa forme historique. La Muba de Bâle, la Züspa de Zurich ou la Foire de Fribourg ont elles aussi quitté le paysage. Le modèle de la grande foire généraliste urbaine a vieilli ; Martigny, elle, a réussi à devenir autre chose qu’un alignement de stands.

Bien plus qu’un marché, un morceau de Suisse

On y vient toujours acheter, goûter ou découvrir. On y vient aussi se retrouver. L’édition 2025 réunissait costumes traditionnels, fanfares, groupes folkloriques et patrimoine musical. Le Service cantonal de la culture y avait installé plus de 1 000 m² consacrés aux traditions vivantes. Le commerce reste le moteur économique, mais la manifestation fonctionne désormais aussi comme un rituel collectif.

Cette transformation a reçu une consécration officielle : depuis 2026, la Foire figure dans l’inventaire valaisan du patrimoine culturel immatériel. Rien d’un musée sous cloche : l’Office fédéral de la culture définit précisément ce patrimoine comme des pratiques transmises de génération en génération, « recréées en permanence » et porteuses d’un sentiment d’identité et de continuité.

La mécanique prolonge celle que nous relevions à propos des Journées du patrimoine : en Suisse, l’identité nationale se transmet par une multitude d’identités locales entretenues au plus près du terrain. La Foire du Valais en offre une version particulièrement vivante. À l’heure où presque tout peut s’acheter depuis un écran, Martigny continue de gagner du public en proposant quelque chose qu’Amazon livre encore assez mal : le sentiment d’appartenir à un canton, à une histoire et, par là même, à la Suisse.

Richard Dalleau
Richard Dalleau

Ancien reporter de guerre, Richard Dalleau a couvert des conflits aussi bien sur le terrain que dans leurs implications géopolitiques. Il traite des questions de Défense, de terrorisme, les sujets de société (immigration, délinquance…) et des menaces sur les libertés publiques. Il a collaboré ou eu des responsabilités d’encadrement (SR, rédacteur en chef) dans des médias de presse écrite et des agences de presse internationales.

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