Journées du patrimoine : ce que la Suisse choisit de transmettre
Les Journées européennes du patrimoine reviennent les 12 et 13 septembre. Derrière les visites, une question très suisse : que veut-on transmettre d’un pays dont l’identité s’est construite dans la diversité de ses territoires, de ses traditions et de ses héritages ?
Les 12 et 13 septembre, les 33e Journées européennes du patrimoine ouvriront plus de 450 activités gratuites dans toute la Suisse. Le thème 2026, « En péril ? », n’a rien de folklorique : bâtiments menacés, sites archéologiques fragilisés, savoir-faire évincés par des procédés modernes. Le patrimoine helvétique ne se réduit en effet pas aux vieilles pierres, il englobe aussi métiers, usages, savoir-faire et mémoires.
Ce choix touche directement à l’identité nationale. L’Office fédéral de la culture explique que la sauvegarde des localités, monuments et sites archéologiques contribue « au maintien de notre identité et à la diversité culturelle de notre pays ». Une identité très suisse : l’article 69 de la Constitution rappelle que la culture relève d’abord des cantons, tandis que la Confédération doit tenir compte de la diversité culturelle et linguistique.
L’Inventaire fédéral des sites construits d’importance nationale, l’ISOS, compte 1 274 sites. Seul au monde à couvrir tout le territoire d’un État, il documente villages, quartiers, places, jardins et relations entre le bâti et son environnement afin de comprendre « l’histoire et l’identité » des lieux avant de décider de leur avenir.
C’est là que le patrimoine quitte la carte postale. Face à la pénurie de logements et aux besoins de densification, le Conseil fédéral a lancé en février une réforme pour simplifier l’application de l’ISOS et accélérer certains projets. En juin, la commission compétente du Conseil des États est allée plus loin : par 10 voix contre 2, elle a demandé de revenir à « l’essence même » de l’inventaire, jugeant sa portée actuelle trop contraignante. L’équilibre entre musée à ciel ouvert et bétonneuse reste donc délicat à trouver. Genève résume l’équation : « préserver ne signifie pas figer », mais accompagner la transformation du territoire en conservant ce qui fait sa qualité et son identité.
Les Journées du patrimoine ont attiré 43 000 visiteurs en Suisse en 2025. À Villarzel (VD), village inscrit à l’ISOS, un patrimoine rural du XVIIe au XIXe siècle a été préservé d’une densification désordonnée par une politique communale assumée. Une illustration presque parfaite de la mécanique helvétique : l’identité nationale se transmet ici par une multitude d’identités locales, entretenues au plus près du terrain. Reste à savoir ce que l’on veut conserver avant que les bulldozers, les normes ou l’oubli ne choisissent à notre place.