Du crochetage au blanchiment : le nouveau tour du « Lupin tessinois »
Le procès de Jörg W., alias le « Lupin tessinois », doit s’ouvrir ce 22 septembre en Bavière. Un million d’euros et de l’or saisis dans son SUV relient son vieux pedigree de cambrioleur à des soupçons de blanchiment.
Les serrures, Jörg W. connaissait. Ce mardi, c’est une autre mécanique que la justice bavaroise veut démonter : celle du blanchiment. L’Italo-Suisse de 60 ans, surnommé le « Lupin tessinois », doit être jugé à Kempten après la découverte dans sa DS 7 de location, en septembre 2025, d’un million d’euros en liquide, de deux lingots d’or estimés à 176 000 euros et de copeaux d’or.
La cargaison était répartie entre la console centrale, l’arrière du véhicule et le système de ventilation, pas exactement un rangement conseillé dans le manuel du constructeur. Le parquet soupçonne un blanchiment d’argent. Le tribunal de Kempten avait pourtant d’abord refusé d’ouvrir le procès, faute d’éléments suffisants sur l’origine criminelle des fonds. Saisie en appel, la justice munichoise a finalement autorisé les poursuites, notamment après la découverte de messages chiffrés et de déplacements vers plusieurs bijouteries de Cologne.
Le CV de Jörg W. explique son surnom, pas l’origine du million. Spécialiste du crochetage depuis les années 1980, évadé de prison en 1998 et utilisateur de multiples identités, il traîne derrière lui plusieurs condamnations pour cambriolage. Un profil qui rappelle le casse du Château des Monts au Locle, où une équipe soupçonnée d’appartenir au grand banditisme lyonnais avait emporté des pièces horlogères avant de repasser la frontière.
Le point de jonction entre les deux mondes apparaît encore mieux dans l’affaire du vol d’or de Renan : quatre suspects ont été mis en examen en France pour vol en bande organisée, association de malfaiteurs et blanchiment, tandis que le butin aurait été rapidement écoulé. Nos investigations sur Swiss Remit montrent l’autre bout de la chaîne : transformer des recettes criminelles en fonds utilisables peut devenir une activité spécialisée à part entière.
À Kempten, cependant, cette mécanique reste à prouver. Les enquêteurs ont trouvé le cash, l’or, les caches et les messages et connaissent le pedigree du gentleman cambrioleur. Il appartient désormais à l’accusation de relier les points entre eux et de déterminer s’il s’était diversifié. Arsène Lupin avait le panache ; le parquet allemand, lui, devra apporter les pièces.