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Réseaux nigérians : vingt ans de cocaïne et de blanchiment en Suisse

Une enquête vaudoise soupçonne Swiss Remit d’avoir blanchi plus de 46 millions de francs issus du trafic de drogue. Derrière les dealers lausannois se profilent des réseaux nigérians et ouest-africains documentés depuis deux décennies en Suisse, qui sévissent du commerce de cocaïne au blanchiment, à la cyberfraude et à la traite.

Richard Dalleau
27 août 2026
4 min de lecture

À Lausanne, l’argent de la cocaïne avait pignon sur rue. Selon Watson, qui s’appuie notamment sur un arrêt du Tribunal cantonal vaudois du 17 juillet 2026, un ressortissant nigérian et son épouse ont été placés détention provisoire, soupçonnés d’avoir blanchi plus de 46 millions de francs en une vingtaine de mois via Swiss Remit, société de transfert de fonds présente dans plusieurs villes suisses.

Le mécanisme présumé avait la sobriété des montages efficaces. Des dealers remettaient leurs recettes à une collectrice en Suisse. Celle-ci faisait verser l’équivalent au Nigeria, avec une référence identifiant le vendeur ; une société nigériane liée au principal suspect aurait ensuite recrédité la collectrice en Suisse. Les enquêteurs soupçonnent aussi une double comptabilité séparant clients ordinaires et trafiquants. Selon l’enquête, à Lausanne, une agence disposait d’une entrée arrière pour les dealers. Une autre avait ouvert au 88, rue de Genève, juste en face du 85, utilisé comme base arrière du trafic.

L’affaire dépasse le cas de cette échoppe lausannoise. Le Ministère public vaudois confirme que plusieurs années d’investigations sur le blanchiment de revenus issus des stupéfiants via des agences de transfert de fonds ont débouché, le 28 avril 2026, sur une opération dans six cantons ainsi qu’au Nigeria, en France et en Grèce. Trois personnes ont été interpellées en Suisse et plusieurs centaines de milliers de francs d’avoirs ont été séquestrés. Le deal de rue disposait donc, selon les soupçons, de sa propre cellule de blanchiment.

Du dealer au blanchiment, des réseaux intégrés

La rue de Genève avait déjà donné un aperçu du vivier. En mai 2024, 57 policiers avaient investi des appartements servant de base arrière à des trafiquants : 39 personnes interpellées, plus d’un kilo de cocaïne et environ 48 000 francs ont été saisis. Les personnes incarcérées, dénoncées ou transférées étaient des ressortissants nigérians et ghanéens de 22 à 40 ans, liés selon les autorités au trafic de cocaïne de rue.

En 2025, les statistiques policières ont recensé 421 ressortissants nigérians prévenus d’infractions à la loi sur les stupéfiants, dont 403 dans la catégorie « autres étrangers » (ni Suisses ni étrangers résidents permanents ni classés dans le domaine de l’asile). Précaution importante : cette présence importante dans les procédures LStup de Nigérians recouvre aussi bien les trafiquants que les possesseurs de stupéfiants et les consommateurs.

Fedpol documente ces filières depuis longtemps. Son rapport 2012 estimait déjà que « la domination des groupes criminels nigérians sur le marché suisse de la cocaïne se confirme ». En 2014, parmi 133 condamnés originaires d’Afrique de l’Ouest pour blanchiment, 81 étaient nigérians, soit 61 %. Fedpol notait aussi que les Africains de l’Ouest envoyaient souvent l’argent à l’étranger par des sociétés de transfert de fonds. Douze ans avant Swiss Remit, le procédé était déjà identifié.

En 2024, l’opération Jackal avait permis de saisir en Suisse plus de 8,5 kilos de cocaïne, 88 000 francs et plus de 10 000 euros. À la clef, 22 arrestations, dix placements en détention, majoritairement des Nigérians. Fedpol cite Black Axe, Vikings et Supreme Eiye Confraternity parmi les confréries criminelles nigérianes présentes en Suisse depuis environ vingt ans, actives dans la drogue, la cyberfraude, la traite d’êtres humains et le blanchiment.

Le 28 avril 2026, une autre opération policière suisse a conduit à dix arrestations visant Black Axe, dont son chef régional présumé pour l’Europe du Sud. Europol décrit une organisation d’environ 30 000 membres enregistrés. La date coïncide avec le coup de filet autour de Swiss Remit, sans permettre à ce stade de relier les dossiers, comme l’a confirmé le Ministère public de la Confédération.

La drogue n’épuise pas le répertoire criminel relié à l’Afrique de l’Ouest. À Wetzikon, nous avons récemment montré comment des réseaux recrutent de jeunes exécutants pour voler en Suisse des voitures de luxe dont la destination finale est souvent l’Afrique de l’Ouest. Si rien ne prouve qu’il s’agisse des mêmes organisations, le constat reste pertinent : derrière les petites mains apparaissent des recruteurs, des logisticiens et des financiers liés à des réseaux africains.

Richard Dalleau
Richard Dalleau

Ancien reporter de guerre, Richard Dalleau a couvert des conflits aussi bien sur le terrain que dans leurs implications géopolitiques. Il traite des questions de Défense, de terrorisme, les sujets de société (immigration, délinquance…) et des menaces sur les libertés publiques. Il a collaboré ou eu des responsabilités d’encadrement (SR, rédacteur en chef) dans des médias de presse écrite et des agences de presse internationales.

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