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Recension : Chrétiens et musulmans, avons-nous le même Dieu ?, de Fabrice Loiseau

Francis Richard
9 juillet 2026
5 min de lecture

« Dans le contexte his­to­rique pré­sent, mar­qué par l’ex­pan­sion visible de l’is­lam dans de nom­breuses terres autre­fois chré­tiennes, la ques­tion du rap­port entre islam et chris­tia­nisme ne relève plus d’un débat aca­dé­mique réser­vé aux spé­cia­listes : elle touche la vie concrète des familles, des paroisses, des écoles et des nations. »

Ain­si com­mence l’in­tro­duc­tion du livre que vient de publier, aux édi­tions Artège, l’Ab­bé Fabrice Loi­seau1, fon­da­teur des Mis­sion­naires de la misé­ri­corde divine .

Cet ouvrage s’a­dresse en prio­ri­té aux caté­chu­mènes et aux fidèles dési­reux d’ap­pro­fon­dir les fon­de­ments de leur foi. Il per­met au chré­tien de ren­con­trer le croyant musul­man : sans peur, sans haine, mais sans renon­cer à pro­cla­mer que Jésus Christ est le fils de Dieu fait homme, mort et res­sus­ci­té pour le salut du monde, unique Sei­gneur et unique Sau­veur.

Pour répondre à la ques­tion du titre : Chré­tiens et musul­mans avons-nous le même Dieu ?, l’au­teur, qui a une grande connais­sance de la foi musul­mane et de la foi catho­lique, les com­pare et en sou­ligne les dif­fé­rences fon­da­men­tales, résu­mées som­mai­re­ment comme suit :

  • Dans la foi musul­mane, Dieu est unique, trans­cen­dant et incom­pa­rable ; dans la foi catho­lique, Il est tri­ni­taire, chaque per­sonne étant consub­stan­tielle aux autres, et amour.
  • Dans la foi musul­mane, le Coran est incréé, éter­nel, sujet seule­ment à inter­pré­ta­tions his­to­rique et juri­dique ; dans la foi catho­lique, la Bible est ins­pi­rée de Dieu et inter­pré­tée à la lumière de la Tra­di­tion vivante de l’É­glise, accom­pa­gnée par l’Es­prit Saint.
  • Dans la foi musul­mane, le Coran est la norme suprême ; dans la foi catho­lique, le Christ est la norme suprême.
  • Dans la foi musul­mane, Adam a déso­béi par oubli, s’est repen­ti immé­dia­te­ment et son repen­tir a été accep­té : l’homme est natu­rel­le­ment orien­té vers Dieu et chaque âme porte sa faute ; dans la foi catho­lique, Adam a déso­béi libre­ment, par orgueil : depuis, l’homme est natu­rel­le­ment enclin au mal, mais il existe une soli­da­ri­té dans la chute et le salut.
  • Dans la foi musul­mane, l’homme est musul­man par nature, enga­gé par un pacte pri­mor­dial, et la misé­ri­corde d’Al­lah se mani­feste par l’is­lam, la sou­mis­sion ; dans la foi catho­lique, l’homme est appe­lé libre­ment à entrer dans une alliance d’a­mour.
  • Dans la foi musul­mane, Isa est un mes­sie pour les juifs, un pro­phète, qui n’a pas été cru­ci­fié (quel­qu’un d’autre lui aurait été sub­sti­tué) ; dans la foi catho­lique, Jésus est le Fils unique de Dieu, qui a été cru­ci­fié pour le salut des hommes et a res­sus­ci­té.
  • Dans la foi musul­mane, Maho­met, pro­phète, fon­da­teur guer­rier, est recon­nu comme pécheur ; dans la foi catho­lique, le Christ est le som­met de la cha­ri­té et des ver­tus héroïques.
  • Dans la foi musul­mane, Marie est une vierge élue, sou­mise pour être mère d’un pro­phète ; dans la foi catho­lique, Marie, conçue sans péchés, a accep­té libre­ment d’être Mère de Dieu, et est Mère de l’É­glise.
  • Dans la foi musul­mane, la liber­té humaine est subor­don­née à la volon­té divine et la res­pon­sa­bi­li­té affir­mée, mais sous décret ; dans la foi catho­lique, la liber­té humaine est réelle et coopé­rante et la res­pon­sa­bi­li­té morale est pleine.
  • Dans la foi musul­mane, le para­dis est un lieu de jar­dins, de hou­ris 2 et de jouis­sance sen­so­rielle ; dans la foi catho­lique, il est vision béa­ti­fique.
  • Dans la foi musul­mane, la Sha­ri’a est la loi révé­lée régis­sant tous les domaines de la vie ; dans la foi catho­lique, la loi chré­tienne est la loi morale ordon­née à la cha­ri­té.
  • Dans la foi musul­mane, le sta­tut de la femme est éga­li­té spi­ri­tuelle mais hié­rar­chie juri­dique ; dans la foi catho­lique, il est éga­li­té en plé­ni­tude.
  • Dans la foi musul­mane, le fon­de­ment de la pra­tique reli­gieuse est la sou­mis­sion et se tra­duit par la croyance, la prière, l’au­mône légale, le Rama­dan, le pèle­ri­nage à la Mecque ; dans la foi catho­lique, elle est amour et filia­tion, qui se tra­duisent par le double amour de Dieu et du pro­chain, par l’ob­ser­va­tion du déca­logue et la récep­tion des sacre­ments.
  • Dans la foi musul­mane, l’oum­ma est la com­mu­nau­té reli­gieuse struc­tu­rée par la doc­trine cora­nique ; dans la foi catho­lique, l’É­glise est Mys­tère de com­mu­nion : Corps du Christ et sacre­ment du salut.
  • Dans la foi musul­mane, le dji­had est l’ex­ten­sion de l’is­lam par conquête, avec une vision poli­ti­co-reli­gieuse uni­fiée ; dans la foi catho­lique, la mis­sion est l’ex­ten­sion par pré­di­ca­tion et témoi­gnage avec dis­tinc­tion claire des ordres spi­ri­tuel et tem­po­rel.

Conclusions

  • Com­pa­rer l’is­lam et le chris­tia­nisme n’a jamais eu pour but d’a­li­men­ter l’hos­ti­li­té ni de sus­ci­ter le mépris. Il ne s’a­git pas d’en vou­loir aux musul­mans ni de stig­ma­ti­ser des croyants. Le chré­tien ne peut haïr, car il sait que tout homme est créé à l’i­mage de Dieu et appe­lé au salut.
  • La cha­ri­té n’est pas le rela­ti­visme. Elle sup­pose la véri­té.
  • L’an­nonce de l’É­van­gile n’est pas une option par­mi d’autres : elle appar­tient à l’es­sence même de l’É­glise.
  • Il est essen­tiel de com­prendre que cette mis­sion s’a­dresse à tous les hommes, sans excep­tion.
  • Le défi posé par l’is­lam peut deve­nir une grâce si les chré­tiens y répondent par une foi plus pro­fonde, une for­ma­tion plus solide, une cha­ri­té plus ardente.
  • Cher­cher Dieu dans la véri­té exige humi­li­té et cou­rage. Humi­li­té, parce que la foi est un don reçu. Cou­rage, parce témoi­gner du Christ dans un monde plu­ra­liste demande per­sé­vé­rance et clar­té.
  • La véri­té n’est pas une abs­trac­tion, mais une per­sonne. Jésus Christ, mort et res­sus­ci­té, est la lumière des nations. L’É­glise n’a d’autre ambi­tion que de conduire tous les hommes vers lui. Non pour domi­ner, mais pour ser­vir ; non pour contraindre, mais pour aimer ; non pour condam­ner, mais pour sau­ver.

Notes

  1. Je l’ai connu quand, jadis, il célé­brait la messe à Notre-Dame des Armées à Ver­sailles…
  2. “L’homme aura cent vierges en un seul jour”, hadith rap­por­té par Ahmad.

Abbé Fabrice Loi­seau, Chré­tiens et musul­mans, avons-nous le même Dieu ?, Paris/Perpignan, Édi­tions Artège, 2024, 160 p.

Publi­ca­tion com­mune LesObservateurs.ch et Le blog de Fran­cis Richard

Francis Richard
Francis Richard

De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), Francis Richard a travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et s'intéresse aux arts et lettres. Il anime le blogue "Semper longius in officium et ardorem".

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