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Recension : Après la guerre, de Michel Fayad

Francis Richard
21 juillet 2026
5 min de lecture

« Si le régime ira­nien venait à s’ef­fa­cer, plu­sieurs acteurs isla­mistes sun­nites pour­raient s’en­gouf­frer dans la brèche pour prendre le lea­der­ship dans la région, mais aus­si pour accé­lé­rer la conquête du Liban et d’Is­raël, et viser plus loin encore la France et l’Eu­rope. »

Pour le moment, le régime ira­nien est peut-être affai­bli, mais il n’est pas effa­cé. Et n’est pas près de l’être :

  • « Au lieu de concen­trer le pou­voir mili­taire à Téhé­ran, le dis­po­si­tif ira­nien a été frag­men­té en une mul­ti­tude de struc­tures semi-auto­nomes répar­ties sur tout le ter­ri­toire. »
  • « L’ob­jec­tif [pour les mol­lahs] n’est pas de gagner vite. » Ils savent mettre le temps de leur côté, grâce à leurs « proxys régio­naux », leurs « drones bon mar­ché », leurs « sys­tèmes de frappe dis­per­sés ».

Les « proxys régio­naux » ?

  • Le Hez­bol­lah, « l’or­ga­ni­sa­tion la plus puis­sante du Liban ».
  • Le Hachd al-Chaa­bi, « la main ira­nienne en Irak ».
  • Les Hou­this au Yémen.
  • Le Hamas à Gaza.

Certes, une par­tie du peuple ira­nien s’est sou­le­vée à plu­sieurs reprises, notam­ment à par­tir de décembre 2025, mais le régime a tué des mil­liers de mani­fes­tants. Quand les États-Unis sont inter­ve­nus, « la riposte a été immé­diate et mas­sive : des mil­liers de drones et de mis­siles balis­tiques ont été lan­cés ».

Les cibles ?

  • Israël.
  • Des bases mili­taires amé­ri­caines et des infra­struc­tures civiles au Moyen-Orient.

Et le détroit d’Or­muz a été fer­mé…

Bien sûr, le Guide suprême a été éli­mi­né, mais son fils l’a rem­pla­cé. Et les Gar­diens de la révo­lu­tion « res­tent la colonne ver­té­brale du régime : ils contrôlent l’é­co­no­mie, les armes et une par­tie des réseaux de com­mu­ni­ca­tion »… Quand bien même le régime ira­nien mour­rait, l’is­la­misme ne mour­rait donc pas avec lui.

Qui sont les « acteurs isla­mistes sun­nites » ?

  • La Tur­quie d’Er­do­gan.
  • La répu­blique isla­mique du Pakis­tan, dotée de l’arme nucléaire.
  • Les pétro­mo­nar­chies : l’A­ra­bie saou­dite, les Émi­rats arabes unis.
  • L’É­gypte, ber­ceau des Frères musul­mans.
  • L’I­rak, avec le retour pos­sible de Daech.
  • La Syrie, avec ses nou­veaux maîtres isla­mistes.
  • Les Frères musul­mans, al-Qaï­da, Daech, le Tabligh¹ : « La menace isla­miste sun­nite n’a pas besoin de la répu­blique isla­mique d’I­ran pour exis­ter. »

La menace est d’au­tant plus grande que les deux rem­parts contre l’is­la­misme, le Liban et Israël, ont été sacri­fiés, « les seuls États du Moyen-Orient que dirigent des chré­tiens et des juifs » :

  • Pour ce qui concerne le Liban, une guerre « lui a été infli­gée pour lui impo­ser l’i­den­ti­té arabe et isla­mique à laquelle il avait résis­té pen­dant qua­torze siècles ».
  • Pour ce qui concerne Israël, « depuis la créa­tion de l’É­tat juif en 1948, l’is­la­misme sun­nite lui est hos­tile – parce qu’il consi­dère que la pré­sence d’un État juif en terre d’is­lam est une offense à effa­cer ».
  • Dans les deux cas, l’is­la­misme sun­nite et l’is­la­misme chiite se sont alliés.
  • Dans les deux cas, l’Oc­ci­dent s’est fait com­plice de l’is­la­misme, qu’il soit sun­nite ou chiite, par son inac­tion.

Et la France ? « L’A­ra­bie saou­dite et le Qatar ne se contentent pas d’a­che­ter des Rafale et des actions Total. Ils financent aus­si, depuis des décen­nies, une infra­struc­ture idéo­lo­gique isla­miste à l’é­chelle mon­diale – et cette infra­struc­ture a des rami­fi­ca­tions en France… »

De fait, la France a été par­ti­cu­liè­re­ment visée par nombre d’at­ten­tats (tel celui contre Char­lie Heb­do le 7 jan­vier 2015) et d’as­sas­si­nats (tel celui de Domi­nique Ber­nard le 13 octobre 2023) :

« Tous ont été com­mis au nom d’un isla­misme sun­nite, non par des Ira­niens ou des chiites… »

Michel Fayad ajoute :

« La pré­sence isla­miste en France ne se réduit pas aux auteurs d’at­ten­tats. La plu­part des gens le savent intui­ti­ve­ment : ils le voient dans le chan­ge­ment de cer­tains quar­tiers, dans les débats sur le voile à l’é­cole, dans les ten­sions autour de la laï­ci­té. Mais peu mesurent son ampleur. Elle repose sur un tis­su asso­cia­tif, cultu­rel et édu­ca­tif qui consti­tue son sub­strat. »

Ce tis­su est consti­tué par trois réseaux – Frères musul­mans, tabligh et sala­fiste – qui « se recoupent et se nour­rissent mutuel­le­ment », aux­quels s’a­joutent des réseaux de grand ban­di­tisme, qui ne sont pas propres au régime ira­nien : nar­co­tra­fic, racket, éco­no­mie cri­mi­nelle.

Alors une ques­tion se pose : la France « peut-elle être simul­ta­né­ment une socié­té laïque fon­dée sur la sépa­ra­tion du reli­gieux et du poli­tique, et accueillir une idéo­lo­gie qui nie pré­ci­sé­ment cette sépa­ra­tion ? »

Quelles sont, selon l’au­teur, les prio­ri­tés pour la France ?

  • « La dis­tinc­tion entre islam et isla­misme ne doit pas deve­nir un obs­tacle intel­lec­tuel. »
  • Les pré­di­ca­teurs « for­més dans des uni­ver­si­tés isla­miques saou­diennes ou qata­ries » ne doivent plus exer­cer en France.
  • Il faut « contrô­ler stric­te­ment le finan­ce­ment de tout ce qui est en rap­port avec l’is­lam en France ».
  • Il faut « recons­truire une poli­tique d’in­té­gra­tion ambi­tieuse qui com­mence par la maî­trise de la langue fran­çaise et qui soit fon­dée sur l’é­ga­li­té des chances réelle ».

Conclusions

  • « L’is­la­misme, dans ses formes chiite et sun­nite, n’est pas un phé­no­mène conjonc­tu­rel lié à la puis­sance d’un régime ou d’un État. C’est une idéo­lo­gie pro­fon­dé­ment enra­ci­née dans des socié­tés, des ins­ti­tu­tions, des réseaux et des esprits. »
  • Il faut donc, parce qu’elle nous a décla­ré la guerre, être prêts à com­battre cette idéo­lo­gie avec luci­di­té, patience et déter­mi­na­tion.

Notes

¹ « Mou­ve­ment de pro­sé­ly­tisme sun­nite mon­dial ori­gi­naire d’Inde. »

Après la guerre, Michel Fayad, édi­tions Fayard, 2026, 128 p.

Publi­ca­tion com­mune LesObservateurs.ch et Le blog de Fran­cis Richard

Francis Richard
Francis Richard

De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), Francis Richard a travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et s'intéresse aux arts et lettres. Il anime le blogue "Semper longius in officium et ardorem".

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