En Suisse, la pluie sous surveillance, les prélèvements d’eau dans le brouillard
La Suisse reste riche en eau, mais elle connaît mal ses réserves et sa consommation. En pleine sécheresse, Berne mesure mieux le risque que les prélèvements. Le débat français sur les « méga-bassines » résonne jusqu’ici.
Le château d’eau de l’Europe découvre un problème moins spectaculaire que la pénurie : il ne sait pas toujours précisément qui ouvre les robinets. Dans un entretien à Watson, l’hydrologue Klaus Lanz juge « irresponsable » le suivi actuel des prélèvements et appelle à revoir les usages agricoles et industriels. Le diagnostic est sévère, mais l’OFEV apporte de l’eau à son moulin : la Suisse ne dispose toujours pas de données nationales suffisamment détaillées par région et par saison. Pour certains secteurs autoapprovisionnés, la dernière enquête globale remonte à 2006.
Le risque est beaucoup mieux documenté. Les scénarios Hydro-CH2018 prévoient, sans forte baisse des émissions, des débits estivaux moyens inférieurs de 30 à 50 % à la fin du siècle. La Suisse ne devrait donc pas manquer d’eau à l’échelle annuelle, elle risque surtout la pénurie lorsque l’agriculture, les communes et les écosystèmes en ont le plus besoin.
Berne a réagi. Depuis 2025, une plateforme nationale surveille la sécheresse, tandis que cantons et communes peuvent limiter certains prélèvements. Reste un paradoxe très fédéral : la Confédération alerte, les cantons détiennent l’essentiel des compétences, et la stratégie intégrée de gestion de l’eau annoncée par le Conseil fédéral n’est attendue que pour fin 2027.
La comparaison avec la France est éclairante. Paris a déjà fixé, dans son Plan eau, un objectif de réduction de 10 % des prélèvements d’ici 2030. Le débat s’est surtout cristallisé sur les réserves de substitution, les fameuses « méga-bassines », qui déplacent vers l’hiver une partie des prélèvements agricoles. Le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) reconnaît l’intérêt du principe, tout en rappelant qu’une succession d’hivers secs peut empêcher leur remplissage.
La Suisse, riche des nombreuses retenues d’eau naturelles et artificielles, n’en est pas encore à se battre autour de bassines géantes. Elle doit d’abord savoir, avec beaucoup plus de précision, combien d’eau elle prélève, où et quand. Avant de partager une éventuelle pénurie, encore faut-il compter les seaux.