Ceuta fissure le dogme Schengen défendu par Berne
Plus de 60 000 migrants ont franchi la frontière de Ceuta en vingt-quatre heures. L’appel italien à suspendre Schengen confronte aussi la Suisse aux failles d’un dispositif auquel Berne continue pourtant de s’arrimer.
Ceuta a basculé en quelques heures. Plus de 60 000 personnes seraient entrées dans l’enclave espagnole depuis le Maroc, presque l’équivalent de sa population. Au moins 43 morts sont recensés. Madrid dénonce une « attaque contre son intégrité territoriale » et les autorités locales, débordées, réclament l’état d’urgence. Environ 25 000 migrants auraient déjà été reconduits ou seraient repartis.
La crise expose la fragilité d’une frontière extérieure censée garantir la libre circulation à l’intérieur. Giorgia Meloni en a tiré une conclusion spectaculaire : suspendre l’application de Schengen avec l’Espagne. La mesure est juridiquement fragile et Ceuta reste soumise à des contrôles spécifiques vers le continent. L’offensive italienne touche pourtant juste : lorsqu’un État ne maîtrise plus une porte d’entrée, tous les autres découvrent qu’ils lui ont confié une part de leur sécurité.
C’est là que Ceuta devient une affaire suisse. Berne n’appartient pas à l’Union européenne, mais s’est arrimée à Schengen-Dublin au point d’en reprendre sans cesse les nouvelles règles. Le 12 juin, le Conseil fédéral a encore mis en vigueur plusieurs volets du Pacte européen sur la migration et l’asile, censés renforcer les contrôles extérieurs et limiter les mouvements secondaires.
À l’heure où nous écrivons, ni le Conseil fédéral ni les partis ne se sont exprimés sur Ceuta. Le silence n’efface pas le problème. En septembre 2025, le conseiller national UDC Pascal Schmid estimait déjà que Schengen-Dublin ne fonctionnait pas en pratique et réclamait le retour des contrôles frontaliers.
Ceuta met surtout à nu le choix de Berne : dépendre d’un verrou migratoire qu’elle ne commande pas, reprendre des règles qu’elle ne fixe pas et appeler encore cela souveraineté. La Confédération peut multiplier les fichiers partagés, transposer les règlements et célébrer la coopération. Lorsque la frontière extérieure cède, elle ne décide de rien. Le Conseil fédéral n’a pas renforcé la maîtrise suisse : il l’a placée entre les mains d’États tiers. Ce n’est plus un partenariat équilibré. C’est une délégation de souveraineté sans contrôle du risque.
La Suisse en fera venir discrètement quelques uns mais rassurez-vous ce seront des gentils triés sur le volet par des experts de Berne, tout va bien !