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Budget de l’UE : Friedrich Merz sort les ciseaux

La Commission européenne rêve d'une enveloppe de 2000 milliards d'euros pour 2028-2034. Le chancelier allemand, lui, réclame des coupes de plusieurs centaines de milliards et un « démantèlement en profondeur » de la bureaucratie bruxelloise. Les « frugaux » ont trouvé leur porte-voix.

Dimitri Fontana
29 juillet 2026
3 min de lecture

C’est depuis Dublin que Friedrich Merz a choisi d’ouvrir les hostilités. En visite mardi auprès du premier ministre irlandais Micheál Martin, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE, le chancelier allemand a exigé une cure d’amaigrissement drastique pour le futur budget pluriannuel de l’Union, actuellement en discussion pour la période 2028-2034.

La Commission européenne avait mis la barre haut : 2000 milliards d’euros, soit une augmentation substantielle par rapport au cadre financier actuel. Bruxelles justifie cette inflation par ses nouvelles priorités – défense, transition écologique, compétitivité –, autant de chantiers censés préparer le continent aux turbulences du siècle. Trop, beaucoup trop, répond en substance Friedrich Merz, qui juge des coupes de plusieurs centaines de milliards d’euros tout simplement « impératives ».

L’Allemagne prend la tête des « frugaux »

« Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre des augmentations exorbitantes des dépenses », a martelé le dirigeant conservateur, rappelant que les États membres mènent parallèlement des « efforts considérables pour consolider les finances publiques ». Difficile, en effet, de prêcher l’austérité à Berlin tout en signant des chèques à Bruxelles.

En se rangeant ainsi dans le camp des « frugaux » – ces pays du nord de l’Europe traditionnellement allergiques aux largesses budgétaires communautaires –, l’Allemagne donne un poids considérable à la fronde. Michéal Martin, en hôte diplomate, a tenté la synthèse : l’UE a besoin d’un budget « qui réponde à ses besoins et ses ambitions pour l’avenir », tout en « reflétant notre situation économique actuelle ». Dublin promet d’écouter les inquiétudes allemandes et de chercher des « compromis ». « Si nous abordons tous cette tâche dans le bon état d’esprit, un accord devrait pouvoir être trouvé d’ici la fin de l’année », veut croire le premier ministre irlandais.

La taxe sur les entreprises ? « Ne peut être envisagée »

Reste la question qui fâche : comment financer un budget, même raboté ? Pour ménager les contribuables, la Commission planche notamment sur une taxe visant les grandes entreprises. Friedrich Merz se dit certes « prêt à discuter de nouvelles ressources propres » pour l’Union – mais pas celle-là. Une nouvelle taxe sur les entreprises « ne peut être envisagée », a-t-il tranché, refermant la porte à peine entrouverte.

Le chancelier en a profité pour distribuer quelques mauvais points sur la compétitivité, devenue la boussole officielle de Bruxelles face à la crise économique qui frappe la zone euro. « Je suis un peu préoccupé par le fait que le zèle dans l’UE et le niveau d’ambition ont nettement diminué depuis le milieu d’année environ », a-t-il regretté, pointant des procédures d’autorisation « trop longues » pour les investissements. Et de réclamer, au passage, « un démantèlement en profondeur de la bureaucratie » européenne – formule qui fera frémir quelques couloirs du Berlaymont.

Sur ce terrain, l’Irlande acquiesce : « L’Irlande a fait de l’amélioration de la compétitivité économique européenne une priorité de sa présidence », a assuré Micheál Martin. La Commission a d’ailleurs déjà donné des gages, en proposant en juillet d’assouplir son mécanisme de tarification du carbone, honni par les industriels du continent – au grand dam des ONG, qui dénoncent un détricotage incontrôlé des réglementations environnementales. Qu’on se rassure : pour Friedrich Merz, compétitivité et protection du climat « vont de pair ».

Économe, mais jusqu’où ?

On attend maintenant avec une certaine curiosité le détail de ces coupes « impératives ». Car dans la grande comptabilité des « augmentations exorbitantes », une ligne budgétaire semble curieusement absente du réquisitoire : les dizaines de milliards qui prennent, année après année, la direction de Kiev. Faut-il comprendre que la frugalité nouvellement proclamée s’arrête aux frontières de l’Ukraine ? Ou que certaines dépenses, par nature, ne sont jamais exorbitantes ? Le chancelier ne l’a pas précisé. Sans doute un oubli de la bureaucratie.

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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