Attentat contre Rushdie : le verdict américain, un avertissement pour la Suisse
À New York, Hadi Matar a été reconnu coupable de terrorisme pour avoir tenté d’exécuter la fatwa contre Salman Rushdie. L’occasion de se souvenir que la guerre contre ceux que les mollahs qualifient de « blasphémateurs » a déjà frappé la Suisse et pourrait encore y sévir.
Le verdict américain est sans ambiguïté. Hadi Matar a été reconnu coupable de terrorisme transnational et de soutien matériel au Hezbollah pour la tentative de meurtre au couteau qui a laissé Salman Rushdie borgne. Trente-sept ans après la fatwa de l’ayatollah Khomeiny, la condamnation lancée par un État chiite a encore trouvé un volontaire pour l’exécuter.
La Suisse connaît hélas ! bien ce phénomène. Avant la parution allemande des Versets sataniques, en mars 1989, l’éditeur alémanique du roman avait reçu des menaces de mort. Le décret iranien ne visait pas seulement l’écrivain : il désignait aussi ses éditeurs et tous ceux qui diffusaient le livre.
L’affaire revient au cœur de l’actualité au moment où Berne durcit son arsenal contre l’organisation chiite libanaise, soutenue par Téhéran. Le Conseil fédéral a en effet mis en consultation, jusqu’au 5 octobre, une loi interdisant explicitement le Hezbollah, ses organisations de façade et les groupes agissant en son nom. Le mouvement est déjà considéré comme terroriste par le droit suisse.
La Confédération a surtout connu, sur son propre sol, la violence politique iranienne. Le 24 avril 1990, l’opposant Kazem Radjavi, réfugié en Suisse, était abattu près de Coppet. L’enquête a identifié treize membres présumés des services iraniens. Un mandat d’arrêt international suisse a ensuite visé l’ancien ministre du Renseignement Ali Fallahian, soupçonné d’avoir ordonné l’exécution.
Une fatwa d’État, des tueurs sans frontière
En 2006, Blick, Le Temps, 24 heures et La Tribune de Genève ont reproduit certaines caricatures de Mahomet. La Suisse entrait dans la même bataille que Charlie Hebdo, le Danois Kurt Westergaard ou le Suédois Lars Vilks, tous devenus des cibles des terroristes islamistes.
La différence entre ces affaires tient à la chaîne de commandement. Rushdie relève d’une fatwa prononcée par l’ayatollah Khomeiny, alors dirigeant suprême de l’Iran, puis entretenue par des relais du régime, notamment le Hezbollah. Charlie Hebdo et les caricaturistes nordiques ont surtout affronté un djihadisme sunnite plus décentralisé, mêlant revendications d’organisations terroristes – AQPA a revendiqué l’attentat contre l’hebdomadaire français –, propagande en ligne et listes internationales de personnes à abattre. Le Danois Kurt Westergaard a ainsi été attaqué chez lui par un homme armé d’une hache, tandis que le Suédois Lars Vilks a été visé par plusieurs projets ou attaques terroristes.
Ce second modèle est clairement le plus menaçant actuellement en Europe. En 2025, Europol lui attribue 24 des 45 attentats recensés dans l’Union, 71 % des arrestations terroristes et cinq des six morts. Le rapport La sécurité de la Suisse 2026 maintient la menace djihadiste à un niveau élevé : le SRC a compté douze attentats de ce type en Europe entre mai 2025 et mai 2026 et cite l’attaque de Winterthour comme un avertissement.