Aux portes de Genève, les « moyens adaptés » de Paris rattrapés par la guerre des gangs
Fusillades à Gaillard, meurtre à Annemasse : la violence gagne le Genevois français. En avril, Paris assurait pourtant que les moyens étaient « vraiment adaptés ». Genève, elle, se prépare face au risque de contagion.
Après sept fusillades à Gaillard cet été, la violence dans le Genevois français monte encore d’un cran. Le 6 septembre, un homme de 25 ans a été abattu dans le quartier du Perrier, à Annemasse. Selon Heidi.news, le tireur encagoulé était armé d’un fusil d’assaut. Sur place, les enquêteurs ont retrouvé une quinzaine d’étuis de calibre 7,62 mm, selon une source policière citée par l’AFP.
Si le mobile n’est pas encore officiellement établi, le modus operandi fait évidemment penser à un règlement de comptes. À quelques kilomètres de Genève, la guerre des points de deal n’a plus grand-chose à voir avec de simples querelles de voisinage, ou alors en Colombie ou au Mexique.
La séquence prend une saveur particulière à la lecture des assurances données par Paris quelques mois plus tôt. Le 14 avril, interrogé au Sénat sur le narcotrafic dans les territoires frontaliers, Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, détaillait les services spécialisés, l’antenne de police judiciaire d’Annemasse et la brigade opérationnelle mixte franco-suisse avant de conclure : « Les moyens sont donc vraiment adaptés. »
Comme souvent avec nos voisins, la réalité du terrain fait mentir le diagnostic gouvernemental. La stratégie de sécurité 2025-2028 d’Annemasse Agglo recensait 122 policiers nationaux pour 77 000 habitants, avec un déficit de 33 agents par rapport à l’effectif théorique. Elle relevait aussi l’effondrement du nombre d’officiers de police judiciaire, passé de 20 à huit en cinq ans. Après le meurtre du Perrier et les fusillades de Gaillard, la députée Virginie Duby-Muller réclame désormais des renforts.
À quelques kilomètres, Genève surveille la scène de très près sans constater, pour l’instant, la même dérive. Richard Boldrini, chef de la police judiciaire genevoise, assure ne pas voir « de signaux précurseurs » de ce type de violence. La police a porté de 24 000 à 30 000 heures annuelles son effort contre le trafic de rue et une quarantaine d’enquêteurs travaillent sur les stupéfiants. Le marché de la drogue ignore largement la frontière, la guerre pour son contrôle, pas encore. Reste ce paradoxe bien français : au printemps, les moyens étaient « vraiment adaptés ». À la rentrée, les élus locaux demandent précisément qu’on les renforce.