Mercosur adopté : 517 millions pour faire avaler la pilule aux paysans
Le Conseil des États a sauvé l’accord AELE-Mercosur en lui adjoignant 517 millions pour l’agriculture. Un joli pansement pour un texte qui expose précisément les paysans suisses à une concurrence moins contrainte.
Le Conseil des États a remis l’accord AELE-Mercosur sur les rails par 35 voix contre 7 et 3 abstentions. Pour rallier le monde agricole, il lui a surtout accroché un sérieux lest : 517 millions de francs supplémentaires entre 2028 et 2033, dont 480 millions de crédits d’investissement remboursables par les exploitants et 37 millions pour la promotion des ventes. Quand un accord présenté comme « supportable » nécessite un demi-milliard d’amortisseur, le vocabulaire officiel finit par se commenter tout seul.
La somme est le fruit d’une enchère. Au printemps, le Conseil fédéral ne prévoyait qu’une aide ponctuelle de 158 millions. En juin, l’Union suisse des paysans posait 880 millions sur huit ans comme condition de son soutien ; lundi encore, l’UDC Esther Friedli a tenté de porter l’enveloppe à 657 millions. Le compromis de Benedikt Würth (Centre/SG) l’a emporté au nom d’un argument sans détour : rendre l’accord « tant soit peu susceptible de recueillir une majorité ». Jusqu’à la Vert’libérale Tiana Angelina Moser qui s’est étonnée d’un demi-milliard versé « pour compenser des conséquences que le Conseil fédéral estime négligeables ». Guy Parmelin, lui, presse le mouvement : « le temps joue contre nous », l’accord entre l’UE et le Mercosur étant appliqué à titre provisoire depuis le printemps, avec des droits de douane qui baissent d’année en année pour les exportateurs européens.
Une moyenne nationale qui dilue tout
Berne souligne que les 25 contingents agricoles concédés au Mercosur restent généralement sous les 2 % de la consommation suisse. La moyenne nationale dilue cependant l’impact potentiel. L’accord ouvre notamment 3 000 tonnes de bœuf à droits réduits ou nuls. Or, la provenance Mercosur représente déjà plus de 40 % des achats sur le marché des morceaux nobles, précisément le segment qui rémunère le mieux les éleveurs.
Même problème avec les règles du jeu. Proviande, qui affirme pouvoir vivre avec l’accord, rappelle néanmoins que les producteurs suisses supportent des normes plus strictes sur l’élevage, les antibiotiques, les transports ou l’alimentation animale. Les importations doivent respecter les exigences sanitaires suisses ; elles ne sont pas nécessairement produites selon les mêmes méthodes. Même rayon, contraintes différentes.
Bruxelles a déjà fait le même calcul
Le parallèle européen est frappant. En Pologne, gouvernement et organisations agricoles dénoncent les écarts de normes, les coûts plus faibles et les contrôles insuffisants. En Irlande, l’opposition agricole vise également la concurrence du bœuf et de la volaille produits sous des exigences différentes. L’UE a d’ailleurs renforcé ses clauses de sauvegarde contre les afflux d’importations à bas prix, curieuse façon de démontrer que le risque est négligeable.
L’Union suisse des paysans chiffre les pertes potentielles entre 70 et 115 millions de francs par an. Le SECO met, lui, en avant plus de 155 millions de droits de douane économisés à terme par les exportateurs, pour un débouché qui ne pèse que 1 à 1,5 % des exportations suisses, comme l’a relevé Carlo Sommaruga (PS/GE) en séance. C’est le partage déjà décrit par Les Observateurs : l’industrie gagne l’accès au marché, l’agriculture prend une partie du risque.
Le Conseil national, qui avait refusé l’accord en juin par 96 voix contre 86 et 9 abstentions, reprend le dossier ce mercredi 16 septembre. Quelle que soit l’issue, le dernier mot reviendra probablement au peuple : les Verts brandissent le référendum depuis des mois et l’Union suisse des paysans a agité la même menace. À 517 millions le coussin, le « libre »–échange commence déjà à coûter cher.