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Manifs du 24 octobre : la France redécouvre le maintien de l’ordre… et les interdictions

Une semaine après les pillages du 17 octobre, les manifestations françaises du 24 ont provoqué bien moins de destructions. En cause : des renforts policiers, une tactique revue, des parcours encadrés et peut-être aussi la pluie parisienne. L’accalmie a ses limites : 1 435 interpellations et 267 policiers et gendarmes blessés.

Richard Dalleau
27 octobre 2026
3 min de lecture

Il aura donc fallu les milliers de vitrines fracassées du 17 octobre pour que l’État français redécouvre les vertus de la préparation. Le samedi suivant, les cortèges « contre la vie chère » ont réuni 410 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur, contre 550 000 une semaine plus tôt. La CGT revendique pour sa part 800 000 participants pour chacune de ces mobilisations. Le bilan national publié dimanche recense 75 interventions pour incendie, contre 2 025 le 17 octobre, et 24 commerces pillés. Le ministère comptabilisait 1 522 commerces « touchés » la semaine précédente : cette catégorie plus large ne permet pas de calculer une baisse précise des pillages, mais le résultat est patent.

Autre chiffre, moins flatteur pour le gouvernement : Laurent Nuñez a relevé lundi le bilan à 1 435 interpellations, contre 2 628 le 17 octobre, et 267 policiers ou gendarmes blessés. Il a également fait état d’environ 150 manifestants blessés, dont trois grièvement ou assez gravement, et d’enquêtes de l’IGPN. Un samedi moins destructeur, assurément, tranquille, sûrement pas. La baisse de participation a pu alléger la pression, sans expliquer à elle seule le contraste. À Paris, la préfecture relevait une affluence comparable à celle du 17 octobre.

Pour comprendre ce changement, inutile de refaire le procès de l’impréparation policière du 17 octobre : nous l’avons déjà documenté. Le dispositif est passé de 60 000 à 70 000 policiers et gendarmes mobilisés sur toute la France, avec davantage de forces mobiles et des unités spécialisées en appui. Cette fois, la consigne n’était plus d’attendre que les magasins soient dévastés.

Après le fiasco du 17 octobre, Beauvau se découvre des réflexes

Les instructions adressées aux préfets le 23 octobre détaillaient une riposte préventive : contrôle des gares et des axes de circulation, détection des armes transportées, unités plus mobiles, interventions systématiques en cas d’attaque. À Paris, le cortège a été déplacé vers les boulevards des Maréchaux, loin de plusieurs axes commerçants du centre. Quand il n’y a rien à razzier, les pilleurs ne se déplacent pas. Peut-être étaient-ils aussi trop occupés à fourguer leur butin de la semaine précédente pour faire à nouveau le déplacement ?

La mairie avait prévu le retrait des objets utilisables comme projectiles ou combustibles, comme quoi il n’est jamais trop tard pour bien faire. Un auxiliaire moins officiel a peut-être aussi refroidi quelques ardeurs : la météo. Le cortège parisien a défilé sous un ciel maussade puis sous la pluie, malgré une affluence élevée. Les averses ont pu dissuader certains de prolonger leur journée dans la rue même s’il est impossible de mesurer leur effet réel sur les violences.

Le ministère décrit des groupes d’ultragauche et d’extrême gauche radicale toujours disposés à attaquer policiers et biens, mais plus souvent empêchés de passer à l’acte. Notre enquête sur les réseaux mobilisés autour de la contestation lycéenne éclaire ce terreau. À Paris, la préfecture signalait encore quelque 500 casseurs en fin de cortège.

Reste le prix politique de cette efficacité retrouvée : parcours imposés, périmètres interdits et les couvre-feux déjà décrits dans nos colonnes. Protéger les commerçants est une mission élémentaire de l’État. Transformer des quartiers entiers en zones interdites pose la question de la proportionnalité. Alors qu’une troisième mobilisation est annoncée pour le 31 octobre, la France a surtout gagné une semaine : au gouvernement de prouver qu’il sait maintenir l’ordre sans mettre durablement la liberté de manifester sous cloche… à supposer que cela soit bien son but.

Richard Dalleau
Richard Dalleau

Ancien reporter de guerre, Richard Dalleau a couvert des conflits aussi bien sur le terrain que dans leurs implications géopolitiques. Il traite des questions de Défense, de terrorisme, les sujets de société (immigration, délinquance…) et des menaces sur les libertés publiques. Il a collaboré ou eu des responsabilités d’encadrement (SR, rédacteur en chef) dans des médias de presse écrite et des agences de presse internationales.

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