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Aide sociale en Suisse : plus d’un bénéficiaire sur deux est étranger

L’Office fédéral de la statistique a publié ce mardi les chiffres 2025 de l’aide sociale : 267 300 bénéficiaires et un taux stable de 2,9 %. Cette moyenne recouvre un écart presque du simple au triple entre Suisses et étrangers, et laisse de côté plus de 100 000 réfugiés et titulaires du statut S, comptés à part.

La rédaction
27 octobre 2026 Modifié le 27 octobre 2026 à 14h41
6 min de lecture

L’Office fédéral de la statistique (OFS) a dénombré l’an dernier 267 300 bénéficiaires de l’aide sociale économique, soit 2,9 % de la population résidante permanente, une proportion inchangée par rapport à 2024. Leur nombre augmente certes de 4,5 %, mais l’OFS met en garde contre les comparaisons hâtives : 2025 est la première année calculée entièrement selon sa nouvelle méthode, fondée sur les données comptables que lui transmet chaque mois un millier de services sociaux, et une partie de la hausse pourrait tenir à ce changement. Ces chiffres paraissent quatre mois après le rejet de l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! » par près de 55 % des votants, et ils intéresseront tous ceux pour qui ce scrutin n’a pas clos le débat sur le coût de l’immigration.

Les étrangers, près de trois fois plus exposés

Comme les années précédentes, les enfants et les adolescents restent la catégorie la plus touchée (4,8 %), suivis des personnes divorcées (4,2 %). L’écart le plus marqué tient toutefois à la nationalité, puisque 5,4 % des étrangers ont eu recours à l’aide sociale en 2025, contre 1,9 % des Suisses.

Ces taux prennent leur pleine mesure lorsqu’on les applique à la population. À la fin de 2025, la Suisse comptait 6 599 000 Suisses et 2 528 100 étrangers, ce qui donne environ 136 000 bénéficiaires étrangers pour 125 000 bénéficiaires suisses. Les étrangers, qui représentent 28 % des habitants, forment donc un peu plus de la moitié des personnes à l’aide sociale, entre 51 et 53 % selon l’arrondi des taux publiés par l’OFS.

Plus de 100 000 personnes hors du total

Le chiffre de 267 300 ne dit d’ailleurs pas tout. La statistique de l’aide sociale repose sur quatre relevés distincts, et le total publié ce mardi ne concerne que l’aide sociale économique, financée uniquement par les cantons et les communes ( PDF). Les requérants d’asile, les réfugiés et les personnes admises à titre provisoire durant leurs premières années de séjour, de même que les titulaires du statut S, font l’objet de relevés séparés, puisque la Confédération verse pour eux des forfaits aux cantons.

Dans ces groupes, le recours à l’aide sociale est la règle plutôt que l’exception. En 2025, quelque 32 600 personnes du domaine des réfugiés en ont bénéficié, soit 83,6 % de cette population, de même qu’environ 68 000 titulaires du statut S, soit 81,1 % d’entre eux. Les chiffres de l’asile se font attendre, l’OFS en ayant repoussé la publication après avoir relevé dans certains cantons des variations du nombre de bénéficiaires qui doivent encore être vérifiées ; en 2024, ils étaient 38 400, soit 88,3 % des personnes concernées. En additionnant les quatre relevés, et en reprenant pour l’asile le chiffre de 2024, on arrive à quelque 400 000 personnes soutenues par l’aide sociale en Suisse.

Statut S : la charge passe aux cantons en 2027

Activé en mars 2022 pour les personnes fuyant l’Ukraine, le statut S devait offrir une protection provisoire. Le Conseil fédéral l’a pourtant prolongé jusqu’au 4 mars 2028 en août dernier, tout en restreignant son octroi pour s’aligner sur une décision de l’UE dont il reconnaît lui-même qu’elle ne lie pas juridiquement la Suisse. Au printemps 2025, Berne avait demandé aux cantons d’atteindre un taux d’activité de 50 % d’ici à la fin de 2025 parmi les titulaires présents depuis au moins trois ans ; l’OFS indique pour sa part que plus de quatre titulaires sur cinq ont touché au moins une prestation d’aide sociale au cours de l’année.

Le programme d’allégement budgétaire 2027, voté par le Parlement au printemps, prévoit qu’à partir du 1er janvier 2027 la Confédération ne verse plus de subventions aux cantons pour les titulaires du statut S présents depuis plus de cinq ans. Les premiers arrivés atteindront ce seuil en mars prochain, et le Conseil fédéral reconnaît qu’il en résultera une « charge financière supplémentaire pour les cantons », auxquels il entend laisser le soin de fixer eux-mêmes le niveau de l’aide. Le même mécanisme joue déjà dans l’asile, où la Confédération cesse de verser ses forfaits au bout de cinq ans pour les réfugiés et de sept ans pour les personnes admises à titre provisoire : celles qui ont encore besoin d’aide relèvent alors de l’aide sociale ordinaire, dont le coût s’élevait à 2,52 milliards de francs en 2023 ( PDF) selon la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS).

Plus d’un bénéficiaire de l’aide sociale sur deux est étranger
Part des Suisses et des étrangers dans la population résidante de la Suisse, puis parmi les personnes ayant touché l’aide sociale en 2025
Suisses Étrangers
Population résidante9 127 100 habitants
72 %
28 %
Bénéficiaires de l’aide sociale267 300 personnes
48 %
52 %
Ont touché l’aide sociale en 2025 : 1,9 % des Suisses et 5,4 % des étrangers, soit un risque près de trois fois plus élevé.
Calcul de la rédaction : taux d’aide sociale économique par nationalité publiés par l’OFS pour 2025, appliqués à la population résidante permanente au 31 décembre 2025 (6 599 000 Suisses, 2 528 100 étrangers). Les taux étant arrondis, la part des étrangers parmi les bénéficiaires se situe entre 51 et 53 %. Hors domaines de l’asile, des réfugiés et du statut S, recensés à part. Source : Office fédéral de la statistique (OFS).

Genève loin devant

Les disparités cantonales restent fortes. D’après la dépêche de l’ATS reprise par Watson, Genève affiche le taux le plus élevé du pays, autour de 7,5 %, avec une hausse plus nette qu’ailleurs, devant Neuchâtel (près de 6 %), Vaud et le Jura (un peu plus de 4 %), alors que Fribourg (2 %) et le Valais (moins de 2 %) se situent nettement en dessous de la moyenne. L’OFS l’explique par les structures économiques et démographiques propres à chaque région, ainsi que par les charges qui pèsent sur les villes-centres.

À Genève, la hausse ne date pas d’hier : Le Temps faisait déjà état d’une augmentation de 30 % des bénéficiaires depuis 2023, qu’une étude n’avait pas permis d’expliquer. Elle s’est poursuivie l’an dernier, puisque l’Hospice général a soutenu près de 35 000 personnes en 2025, 13 % de plus qu’en 2024 ( PDF). Or 2025 est aussi la première année d’application de la nouvelle loi sur l’aide sociale et la lutte contre la précarité (LASLP), qui charge le canton de faciliter l’accès aux prestations d’aide sociale et de réduire le non-recours, c’est-à-dire d’aller au-devant des personnes qui pourraient y prétendre sans l’avoir demandé. L’Hospice général avait d’ailleurs lancé à l’automne 2024 une campagne d’affichage rappelant que « l’aide sociale est un droit » ( PDF). En octobre 2025, le canton affirmait que la hausse des besoins de l’Hospice général n’était pas imputable à la LASLP, un argument recevable pour les années antérieures à son entrée en vigueur, mais qui ne permet pas d’écarter un effet de la loi en 2025. Le député UDC Stéphane Florey relève par ailleurs que la loi genevoise accorde les prestations d’aide financière ordinaires aux personnes admises à titre provisoire ( PDF), ce qui revient selon lui à s’écarter des dispositions d’application du droit fédéral de l’asile.

Les cantons et les communes ont donc de bonnes raisons de suivre de près les chiffres qui ne figurent pas dans le total publié ce mardi, car à mesure que les séjours s’allongent, l’aide versée aux réfugiés, aux personnes admises à titre provisoire et, dès 2027, aux premiers titulaires du statut S cesse d’être financée par la Confédération et passe à leur charge.

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