Zurich : Une policière condamnée pour avoir joué les indics
Une agente de la police municipale de Zurich a été licenciée et condamnée pour avoir consulté des bases de données policières au profit de proches et d’un compagnon condamné pour viols répétés. L’affaire survient alors que la Confédération veut faciliter l’échange de données entre polices cantonales, un projet qui suscite déjà des critiques sur le risque d’abus.
Une policière de la Stadtpolizei Zürich a été condamnée à 150 jours-amende avec sursis, ainsi qu’à 3 800 francs d’amende et 1 600 francs de frais, pour avoir consulté de manière répétée des bases de données policières à des fins privées. Elle a été licenciée par son employeur.
Les premiers faits remontent à 2022. L’agente aurait alors relevé une plaque d’immatriculation dans un parking d’Unterengstringen pour identifier une femme fréquentant un ancien compagnon, avant de consulter le système policier pour récupérer sa photo d’identité et la transmettre par WhatsApp. D’autres recherches du même type ont suivi, concernant cette fois des membres de sa famille et des amis.
Le cas le plus grave concerne un homme de 35 ans avec lequel elle était en couple. Celui-ci avait été condamné pour trafic de stupéfiants, puis à 34 mois de prison pour viols répétés. L’agente connaissait ses liens avec la grande criminalité ; elle a néanmoins consulté son dossier judiciaire et lui a laissé son téléphone de service déverrouillé. Les recherches effectuées sur les systèmes informatiques ont permis aux enquêteurs de remonter jusqu’à elle en mars 2025.
L’affaire intervient peu après une autre, plus grave encore. En avril 2026, fedpol a annoncé l’arrestation d’un employé du Service fédéral de sécurité, soupçonné d’avoir transmis contre rémunération des informations confidentielles à une organisation criminelle dans le cadre d’une enquête sur le trafic de stupéfiants. Le Ministère public de la Confédération évoque notamment la corruption passive, la violation du secret de fonction et l’entrave à l’action pénale, au sens des articles 322 quater, 320 et 305 du Code pénal.
En couple avec un criminel
Ces affaires ne sont pas isolées. À Genève, le policier et député MCG Thierry Cerutti a été condamné en appel pour avoir transmis des informations sur des prostituées à un gérant de salon de massage. Les juges genevois ont estimé qu’aucun fait justificatif, légal ou extra-légal, n’autorisait le policier à dévoiler ces éléments, et que cela ne lui donnait en aucun cas le droit de s’affranchir de son secret de fonction.
Des cas similaires ont été recensés ailleurs en Europe. En France, un major de l’Office anti-stupéfiants (Ofast) a été jugé en mars 2025 pour avoir transmis des informations à un narcotrafiquant ; le parquet avait requis trois ans de prison, dont deux fermes. Au Royaume-Uni, l’ex-policière Samantha Hill, du Devon and Cornwall Police, a été condamnée à vingt mois de prison avec sursis pour avoir divulgué des informations sensibles concernant plusieurs enquêtes, dont un dossier de meurtre. En Écosse, deux anciens détectives de Police Scotland sont quant à eux poursuivis pour avoir transmis du renseignement lié au crime organisé ; leur procès est prévu en août 2027.
En droit suisse, la violation du secret de fonction est punie par l’article 320 du Code pénal d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire.
L’affaire zurichoise survient alors que la Confédération prépare un élargissement de l’accès aux données policières. Une consultation sur la loi sur les systèmes d’information de police (LSIP) et sur la plateforme POLAP a été ouverte le 19 février 2026.
La plateforme d’échange de données policières en ligne de mire
POLAP fonctionne depuis août 2024, mais ne peut pas encore se connecter aux bases cantonales en l’absence de base légale ; le Conseil fédéral souhaite créer une plateforme nationale permettant aux polices d’échanger leurs données. Le peuple et les cantons devront se prononcer sur cette base constitutionnelle, et la modification de la LSIP sera soumise au référendum, précise le Département fédéral de justice et police.
Le projet divise. Le PLR, l’UDC et le Centre soutiennent l’objectif général ; le PLR estime que, dans un contexte marqué par une criminalité toujours plus transfrontalière, tant entre cantons qu’à l’échelle internationale, une telle plateforme s’avère devenue indispensable. À l’inverse, la Conférence des directrices et directeurs des départements cantonaux de justice et police (CCDJP), le PS et l’organisation Société Numérique critiquent les risques de centralisation, de charge administrative et d’abus. Société Numérique juge le projet dangereux pour l’autodétermination informationnelle, tandis que le PS s’inquiète d’un accès automatisé à de vastes bases policières sans examen au cas par cas.
La confiance dans la police reste, pour l’instant, élevée en Suisse. Selon les données EU-SILC citées par l’OCDE, 88,1 % des femmes et 87,7 % des hommes déclarent faire confiance à la police ; une enquête propre à l’organisation donne des taux de confiance élevée de 76 % et 74 %. C’est cette confiance, et les conditions de son maintien, qui seront au cœur du débat sur l’élargissement de l’accès aux fichiers policiers.