Triche à l’intelligence artificielle : le Danemark impose la soutenance orale, la Suisse avance en ordre dispersé
Face à l’essor de la triche assistée par intelligence artificielle, le Danemark impose désormais aux lycéens de défendre oralement leurs travaux écrits. En Suisse, les cantons tâtonnent encore, mais plusieurs d’entre eux s’orientent vers le même principe : ne plus juger seulement le texte rendu, mais vérifier que l’élève en est bien l’auteur.
Dès cette rentrée, les lycéens danois de 16 à 19 ans devront défendre oralement leurs travaux écrits importants. Plutôt que de traquer après coup les textes sortis de ChatGPT, Copenhague ira vérifier ce que l’élève sait de son sujet. Les mesures, détaillées par The Guardian, s’appliquent immédiatement. En Suisse, où 71 % des 12-19 ans utilisent déjà ces outils, chaque canton avance à son rythme.
Neuf mille travaux de fin d’études à défendre
Environ 9000 élèves danois rédigent chaque année la SSO, le grand travail écrit qui clôt les études secondaires. Ils devront désormais le présenter devant leurs examinateurs et répondre à leurs questions. « Il faut agir maintenant », a lancé jeudi le ministre de l’Éducation, Magnus Heunicke, en annonçant des mesures applicables sans délai, à une semaine de la rentrée. Son ministère admet que la triche à l’IA est devenue un problème dans les gymnases.
Le reste du dispositif est plus classique : logiciels de surveillance des écrans pendant les épreuves, pare-feu filtrant le réseau de l’école, et davantage de devoirs faits en classe plutôt qu’à la maison. Le ministère part d’un constat simple : une tournure suspecte ne prouve rien, alors que la façon dont un élève avance dans son travail, elle, se voit.
Le pays n’est pourtant pas hostile à ces outils par principe. Il autorise l’usage encadré d’Internet aux examens depuis 2008 et vient de tester, à l’oral d’anglais, le recours à l’IA générative pendant l’heure de préparation. Une stratégie nationale sur l’intelligence artificielle à l’école doit encore préciser la ligne.
Un usage déjà installé chez les jeunes Suisses
Une étude représentative de la Haute école zurichoise des sciences appliquées chiffre à 71 % la part des 12-19 ans qui recourent à ces outils, et à 84 % celle des 18-19 ans. Ils s’en servent surtout pour chercher des informations et faire leurs devoirs.
Les règles, elles, varient. Les cantons financent et surveillent les écoles de maturité gymnasiale. Ce sont eux, et parfois les établissements eux-mêmes, qui décident de ce qui est autorisé aux examens et à la maison.
L’agence spécialisée Educa recommande de changer les formats d’examen, de travailler dans des environnements informatiques sécurisés et d’annoncer à l’avance les moyens autorisés. Un enseignant peut regarder l’écran d’un élève s’il l’a prévenu. Fouiller les fichiers d’un ordinateur privé, en revanche, irait trop loin : disproportionné, et sans base légale.
Zurich a pris les devants. Depuis le 1er août 2026, les travaux interdisciplinaires de maturité professionnelle s’accompagnent d’un entretien oral qui doit établir ce que l’élève a produit lui-même. L’usage de l’intelligence artificielle doit être déclaré, et commenté.
À Genève, le service écoles-médias met en garde contre les logiciels de détection, qui repèrent mal les textes générés. Sa consigne en cas de doute : interroger l’élève et suivre les étapes de son travail, plutôt que se fier à un score de probabilité.
Reste une différence de taille avec le Danemark. Aucune stratégie nationale comparable n’est annoncée ici : la maturité gymnasiale demeure l’affaire des cantons, et rien ne coordonne pour l’instant ce qu’ils décident chacun de leur côté.