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« Ma lignée s’arrête avec moi » : la croisade d’une féministe allemande pour moins d’enfants blancs et plus de migrants

Verena Brunschweiger, militante « childfree » et autrice à succès, assume vouloir que les Occidentaux – et « bien sûr » les Blancs en priorité – cessent de se reproduire, pendant que l'Europe accueillerait « tous » les réfugiés. Décryptage d'un discours qui se réclame de l'écologie et du féminisme pour justifier l'extinction volontaire d'un peuple.

Dimitri Fontana
30 juin 2026
5 min de lecture

Il y a des slo­gans qui en disent long sur ceux qui les bran­dissent. Celui de Vere­na Brun­sch­wei­ger tient en cinq mots : « Ma lignée s’ar­rête avec moi. » Et l’in­té­res­sée de pré­ci­ser, sans la moindre gêne : « Je pense que c’est un choix res­pon­sable. »

Cette fémi­niste alle­mande de 46 ans, ensei­gnante en lycée à Ratis­bonne et autrice de l’es­sai Kin­der­frei statt kin­der­los (« Sans enfant par choix, pas sans enfant »), publié en 2019, vient d’ac­cor­der au site aus­tra­lien news.com.au un entre­tien où elle déroule, sans détour, une vision de l’a­ve­nir que beau­coup juge­ront ver­ti­gi­neuse : que les popu­la­tions occi­den­tales renoncent à avoir des enfants, tan­dis que l’Oc­ci­dent accueille­rait « tous les immi­grés et réfu­giés ».

Les Blancs ciblés, et c’est assumé

Là où le dis­cours anti­na­ta­liste clas­sique se drape habi­tuel­le­ment dans un uni­ver­sa­lisme pru­dent, Brun­sch­wei­ger, elle, désigne sa cible. Inter­ro­gée sur le fait que son mili­tan­tisme vise d’a­bord les popu­la­tions « blanches » – et non les immi­grés, qui ont sou­vent des familles plus nom­breuses –, elle ne se dérobe pas. Elle rit.

« Oui, bien sûr », lâche-t-elle. « Mon objec­tif, et c’est ce qui rend l’AfD fou, c’est que nous devons réduire nos effec­tifs. »

On lira et reli­ra la phrase. Une femme qui se réclame du pro­gres­sisme et de l’an­ti­ra­cisme désigne expli­ci­te­ment un groupe – défi­ni par sa cou­leur de peau – dont elle sou­haite la contrac­tion démo­gra­phique. Le pro­cé­dé qu’elle dénonce chez ses adver­saires – pen­ser la popu­la­tion en termes raciaux – elle l’é­pouse inté­gra­le­ment, à front ren­ver­sé. Le nata­lisme racia­li­sé qu’elle prête à la droite trouve ici son exact néga­tif : un anti­na­ta­lisme tout aus­si racia­li­sé.

Elon Musk, les « esclaves » et le procès d’intention

La sor­tie s’ins­crit dans une passe d’armes avec Elon Musk, deve­nu l’une des voix les plus audibles du camp « nata­liste », qui s’a­larme de l’ef­fon­dre­ment des taux de nata­li­té dans les pays déve­lop­pés. Père de qua­torze enfants, le mil­liar­daire a qua­li­fié les Aus­tra­liens « en voie de dis­pa­ri­tion » d’« espèce mena­cée ».

Brun­sch­wei­ger balaie l’in­quié­tude – et prête au pas­sage à Musk les pires inten­tions. Selon elle, « il a besoin d’au­tant de nou­veaux esclaves au tra­vail que pos­sible », il « aime vendre ses belles voi­tures au plus grand nombre de consom­ma­teurs », et – ajoute-t-elle – « il n’aime pas les gens qui ne sont pas blancs, comme tout le monde le sait, alors ça a du sens d’en­cou­ra­ger les femmes blanches à se repro­duire ». Le pro­cès d’in­ten­tion tient lieu d’ar­gu­ment : ceux qui veulent des enfants seraient mus par le cynisme, le racisme ou l’a­vi­di­té.

L’écologie comme justification

Quel est le moteur reven­di­qué de cette croi­sade ? D’a­bord l’en­vi­ron­ne­ment. « L’im­pact, c’est tou­jours popu­la­tion, richesse et tech­no­lo­gie », théo­rise-t-elle, avant d’ac­cu­ser le Nord de piller le Sud glo­bal pour ses res­sources. Moins d’en­fants occi­den­taux, donc, pour sau­ver la pla­nète.

Le rai­son­ne­ment se veut éco­lo­gique. Il conduit néan­moins à une conclu­sion radi­cale : les socié­tés occi­den­tales devraient, selon elle, réduire volon­tai­re­ment leur nata­li­té. Brun­sch­wei­ger pré­cise d’ailleurs qu’à terme, son idéal serait que cette logique s’ap­plique « de pré­fé­rence [à] tout le monde ». L’an­ti­na­ta­lisme uni­ver­sel consti­tue son hori­zon, même si son mili­tan­tisme se concentre aujourd’­hui sur les pays occi­den­taux.

Le « devoir moral » d’accueillir « tous » les migrants

Le second volet de son rai­son­ne­ment est migra­toire, et découle du pre­mier. Puisque l’Oc­ci­dent aurait « rui­né le monde » et pro­duit le dérè­gle­ment cli­ma­tique qui rend, selon elle, la vie « misé­rable et hor­rible » dans de nom­breuses régions d’A­frique, il aurait un « devoir moral » d’ou­vrir lar­ge­ment ses fron­tières.

« Alors j’ac­cueille­rais tous les immi­grés et réfu­giés, parce que nous avons rui­né le monde, pour ain­si dire », déclare-t-elle. « Pour­quoi ne pas les invi­ter, s’ils veulent venir ? »

L’é­qua­tion est posée : d’un côté, une baisse assu­mée de la nata­li­té des popu­la­tions occi­den­tales ; de l’autre, un accueil de « tous les immi­grés et réfu­giés ». Brun­sch­wei­ger pré­sente cette pers­pec­tive comme une répa­ra­tion morale des res­pon­sa­bi­li­tés his­to­riques de l’Oc­ci­dent.

Quand une féministe convoque le Troisième Reich

Le troi­sième pilier est fémi­niste. Pour Brun­sch­wei­ger, la mater­ni­té est un piège ten­du aux femmes par le « patriar­cat ». Et pour le dire, elle n’hé­site pas devant la com­pa­rai­son la plus lourde qui soit.

« C’est comme dans notre Troi­sième Reich, c’est vrai­ment simi­laire », ose-t-elle, décri­vant une droite qui vou­drait ren­voyer les femmes « à la cui­sine », réduites à l’é­tat d’« esclaves de leurs maris ». Assi­mi­ler les poli­tiques nata­listes contem­po­raines au Troi­sième Reich consti­tue l’un des paral­lèles les plus frap­pants de son argu­men­ta­tion.

On note­ra éga­le­ment le para­doxe d’une mili­tante qui reproche à ses adver­saires de rai­son­ner en termes raciaux tout en assu­mant elle-même de cibler expli­ci­te­ment les popu­la­tions blanches lors­qu’il est ques­tion de nata­li­té.

Un « choix responsable » ?

Brun­sch­wei­ger conclut son plai­doyer en retour­nant l’ac­cu­sa­tion d’é­goïsme. Avoir des enfants serait « plu­tôt égoïste », presque « nar­cis­sique » – le désir de se repro­duire en « mini-moi » aux « beaux yeux bleus ». Ne pas en avoir, à l’in­verse, serait le som­met de la res­pon­sa­bi­li­té.

Au-delà du choix per­son­nel de ne pas avoir d’en­fant, son rai­son­ne­ment des­sine une vision plus large : une réduc­tion assu­mée de la nata­li­té des popu­la­tions occi­den­tales, com­bi­née à un accueil sans res­tric­tion des migrants et des réfu­giés, au nom de la jus­tice cli­ma­tique et de la res­pon­sa­bi­li­té his­to­rique de l’Oc­ci­dent. Cha­cun appré­cie­ra les consé­quences qu’un tel pro­jet pour­rait avoir sur l’a­ve­nir démo­gra­phique de l’Eu­rope.

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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