Djihadisme : 140 enquêtes et une menace qui s’enracine
Le Ministère public de la Confédération enquête sur 140 affaires de terrorisme djihadiste, un record. Derrière ce chiffre, une menace diffuse, mais aussi une histoire suisse déjà marquée par plusieurs attentats.
La Suisse n’est plus un simple observateur du djihadisme européen. Fin mai, le Ministère public de la Confédération (MPC) comptait 140 procédures liées au terrorisme à motivation djihadiste, un niveau jamais atteint. En janvier 2025, il traitait environ 120 affaires de terrorisme, dont la plupart sur fond djihadiste : en quelques années, la charge a fortement augmenté.
Le chiffre ne signifie pas que 140 attentats seraient en préparation. Les dossiers englobent aussi propagande, financement, recrutement, soutien à une organisation terroriste, départs vers les zones de combat et retours. Le record n’en reste pas moins un indicateur : le phénomène s’est installé dans la durée.
La Suisse a déjà payé pour le savoir. À Morges, en septembre 2020, Omer A., un homme acquis à l’idéologie de l’État islamique, a assassiné un passant au couteau. Deux mois plus tard, à Lugano, une femme a poignardé deux personnes dans un grand magasin en invoquant Daech. En mars 2024, à Zurich, un adolescent radicalisé a attaqué un Juif orthodoxe après avoir diffusé une vidéo reprenant l’idéologie de l’organisation. Le procureur général de la Confédération qualifiait en 2025 ces trois affaires d’« attaques terroristes ».
Winterthour pourrait désormais allonger la liste. Le 28 mai 2026, un double national Suisse-Turc de 31 ans a poignardé trois personnes à la gare, dont une grièvement. Le MPC enquête notamment pour soutien à une organisation terroriste et privilégie l’hypothèse d’une attaque à motivation terroriste. L’enquête est toujours en cours.
À cette violence intérieure s’ajoute l’héritage des départs vers le djihad. Le Service de renseignement de la Confédération recense 92 « voyageurs du djihad » partis de Suisse depuis 2001, dont seulement 30 détenteurs de la nationalité suisse. Trente-deux sont morts et seize sont revenus. Et le dossier n’est pas refermé : en février 2026, trois ressortissants suisses ayant combattu pour l’État islamique ont encore été transférés de Syrie vers l’Irak.
Le record actuel ne décrit donc pas une menace surgie de nulle part, mais mesure une radicalisation devenue chronique, dont la Suisse connaît désormais les départs, les retours et les passages à l’acte.