Du Louvre au Locle, les voleurs ont le sens du timing
Quatre cambrioleurs, moins de cinq minutes, des pièces patrimoniales et une fuite vers la France : le casse du Château des Monts rappelle celui du Louvre. Dans les musées aussi, les voleurs travaillent désormais contre la montre.
Au Locle, certains visiteurs ne passent décidément pas par la boutique. Dimanche 9 août, vers 6 h 15, quatre individus cagoulés et gantés ont forcé une entrée du Musée d’horlogerie du Château des Monts, brisé les protections de plusieurs pendules et emporté moins de dix objets patrimoniaux. À peine cinq minutes plus tard, ils filaient dans une puissante berline sombre. Leur trace a été perdue en direction de la France, comme d’habitude, dont les autorités ont aussitôt été alertées.
Le scénario rappelle, toutes proportions gardées, le casse du Louvre du 19 octobre 2025. Là aussi, les malfaiteurs avaient visé le patrimoine, chronomètre au poing. À 9 h 34, deux membres d’un commando de quatre hommes brisaient une fenêtre de la galerie d’Apollon après avoir atteint son balcon à l’aide d’un camion-nacelle. À 9 h 38, ils ressortaient : quatre minutes dans la galerie, sept minutes pour l’opération entière. Neuf pièces avaient été arrachées aux vitrines, mais la couronne de l’impératrice Eugénie, abandonnée pendant la fuite, avait été retrouvée endommagée à proximité du musée. Les huit autres joyaux de la couronne ont disparu. Le Louvre a évalué le préjudice économique à 88 millions d’euros.
Ultime ironie : la galerie d’Apollon a rouvert le 22 juillet, moins de trois semaines avant le casse du Locle. Pour l’occasion, ses objets précieux ont été retirés. Une méthode de sécurisation d’une efficacité difficilement contestable : ce qui n’est plus exposé est nettement plus compliqué à voler.
Le Château des Monts, lui, connaît déjà la musique. En 2015, une quinzaine de montres et pendulettes avaient été dérobées en moins d’une minute. En 2006, trois hommes avaient déjà emporté 44 montres pour plus de 440 000 francs. À ce rythme, le cambriolage pourrait bientôt intégrer le parcours historique du musée.
La frontière revient également souvent au générique. Rien ne permet encore d’affirmer que les quatre fuyards du 9 août sont des titulaires de papiers français. Les précédents montrent toutefois que les Montagnes neuchâteloises constituent un terrain de chasse apprécié au-delà de la frontière. En 2012, onze hommes de l’agglomération lyonnaise avaient été reliés à onze cambriolages d’entreprises horlogères de la région, pour plus de trois millions de francs. Leur méthode tenait déjà du contre-la-montre : trois ou quatre hommes, une voiture louée ou volée, un accès fracassé et deux ou trois minutes sur place.
En 2022, toujours au Locle, quatre suspects avaient fui avec environ 500 000 francs de composants horlogers dans une voiture immatriculée en France. Ils avaient été arrêtés après une course-poursuite. Et après l’attaque de Werthanor, en février 2025, avec un butin de 613 000 francs de métaux précieux, une enquête franco-suisse avait conduit à une dizaine d’interpellations en France. Les quatre principaux suspects étaient des citoyens français.
Du Louvre au Locle, si les montants n’ont rien de comparable, le modus operandi l’est davantage : entrer vite, viser cher et être loin lorsque la police arrive. Au Château des Monts, les voleurs avaient même l’avantage géographique. À quelques kilomètres de la frontière, la France n’est jamais très loin. Reste à savoir si elle leur aura finalement servi de sortie de secours ou de raccourci vers une cellule.