Transparence financière au Liechtenstein : les pirates aussi voulaient savoir
Le Liechtenstein voulait savoir qui se cache derrière ses sociétés. Désormais, des pirates sont également au courant. À deux mois du lancement d’un registre voisin en Suisse, l’affaire rappelle que la transparence se protège, elle aussi.
Le Liechtenstein avait créé un registre pour savoir qui se cache derrière ses sociétés, fondations et fiducies. Des pirates ont manifestement trouvé l’idée excellente. Dans la nuit du 29 au 30 juillet, ils ont pénétré le système et copié les données d’un fichier couvrant quelque 31 000 entités. Le registre a été mis hors ligne. Si les autorités n’ont à ce jour constaté ni modification ni suppression des informations, elles ignorent encore où ces données hautement confidentielles vont atterrir.
Voilà qui tombe à pic, ou très mal, pour Berne. Le 1er octobre, la Confédération doit mettre en service son propre registre de transparence des ayants droit économiques, testé depuis juin. Il ne sera pas public et son accès restera réservé aux autorités et à certains professionnels habilités. Rassurant sur le papier. Dans la pratique, centraliser l’identité des personnes contrôlant réellement les entreprises revient aussi à constituer un coffre-fort numérique particulièrement séduisant pour les hackers.
La Suisse n’a aucune raison de regarder de haut l’incident qui a frappé le Liechtenstein. En 2023, l’attaque contre le prestataire Xplain avait livré au darknet des données opérationnelles de l’administration fédérale, dont certaines confidentielles ou personnelles. En avril 2026, le Réseau radiologique romand 3R a subi une attaque par rançongiciel : données administratives volées, données médicales chiffrées, examens retardés et infrastructure à reconstruire. De l’État aux cabinets de radiologie, la cybercriminalité ne semble guère impressionnée par les institutions officielles et leurs mesures de protection informatique.
Au second semestre 2025, l’Office fédéral de la cybersécurité a reçu 29 006 signalements volontaires et 145 déclarations obligatoires. Cinquante-sept attaques par rançongiciel lui ont été directement annoncées. Le futur registre suisse renforcera peut-être la lutte contre le blanchiment… au prix de vulnérabilités nouvelles. Le Liechtenstein vient en effet d’en rappeler le prix : lorsque l’État concentre les secrets des autres, il devient aussi le gardien d’un butin qui finit toujours par attirer les cybercriminels.