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La Mecque, ville imaginaire, d’Odon Lafontaine et Le Collectif Nour Al Aalam

Dans "La Mecque, ville imaginaire", Odon Lafontaine et le Collectif Nour Al Aalam soutiennent que la ville sainte de l’islam ne correspond ni à la géographie ni aux descriptions du Coran, et qu’elle a été instituée au VIIIe siècle par les Abbassides pour asseoir leur pouvoir, en lieu et place de Jérusalem. Francis Richard a lu l’ouvrage et en résume la démonstration.

Francis Richard
14 septembre 2026 Modifié le 14 septembre 2026 à 20h00
4 min de lecture

Les musulmans ne vivent plus, depuis longtemps, dans l’islam des califes. Ils restent prisonniers cependant de ce qu’il a institué. Puisse cet ouvrage les encourager et les aider dans l’examen critique de leur religion.

Cette phrase termine le résumé placé en tête de l’ouvrage.

La Mecque, pilier de l’islam

Pour les « infidèles », rappelons que La Mecque est l’un des cinq piliers de l’islam avec :

  • la profession de foi ;
  • la prière ;
  • l’aumône rituelle ;
  • la pratique du ramadan.

Selon les récits traditionnels, La Mecque, la ville sainte, est le lieu de création d’Adam, le lieu du sacrifice d’Abraham relatif à Ismaël, le lieu de naissance de Mahomet, « l’ultime prophète venu rétablir l’islam au VIIe siècle ».

Cette ville est donc centrale : « près de deux milliards de musulmans prient en sa direction quotidiennement, et des millions s’y rendent chaque année, venus du monde entier ».

Il est difficile de concevoir, dans ces conditions, comment les musulmans appréhenderont « le dévoilement de La Mecque comme ville imaginaire et, par voie de conséquence, la mise en cause de l’islam dans ses fondements mêmes ».

La Mecque, ville imaginaire

Car c’est ce à quoi aboutit la lecture de cet ouvrage argumenté et sourcé. En effet, selon l’auteur, La Mecque ne peut tout simplement pas être la ville que décrivent les récits traditionnels :

  • elle n’a pas de ressources suffisamment abondantes en eau pour les cultures et les pâturages ;
  • elle est régulièrement accablée par des inondations ;
  • elle est à l’écart des voies de circulation terrestres et maritimes ;
  • elle ne possède aucun vestige archéologique antérieur à l’islam.

Le plus troublant, peut-être, est que La Mecque n’est pas la ville sainte décrite par le Coran. La ville qui correspond aux descriptions du Coran est… Jérusalem, c’est-à-dire :

  • le lieu du sacrifice d’Abraham, concernant Isaac et non pas Ismaël ;
  • le lieu du temple saint ;
  • le « nombril du monde » ;
  • le lieu du jugement dernier.

La Mecque, ville créée

Qui a créé La Mecque ? Après sa victoire, en 750, sur les Omeyyades, le premier d’entre les Abbassides, Abu al-Abbas.

Pourquoi l’a-t-il créée ? Pour fonder la légitimité de son pouvoir, en revendiquant le titre de « calife de Dieu », pour lui-même et ses successeurs.

Comment l’a-t-il créée ? Progressivement, à partir, peut-être, d’un sanctuaire préislamique dédié à Ismaël et situé à son futur emplacement.

Odon Lafontaine avance les arguments suivants en faveur de cette thèse :

  • l’orientation des mosquées vers La Mecque n’apparaît qu’au VIIIe siècle ;
  • le nom de La Mecque comme ville sainte de l’islam n’apparaît qu’alors dans les chroniques historiques ;
  • le pèlerinage à La Mecque ne commence qu’au début du IXe siècle, avec la viabilisation du site par la reine Zoubida.

Pour rendre La Mecque conforme aux descriptions du Coran, la ville a été transformée. L’auteur parle de copiés-collés des caractéristiques de Jérusalem…

Pour s’accorder avec le Coran, l’histoire de Mahomet a été « écrite, réécrite, enrichie et enjolivée », sans pour autant échapper aux contradictions entre La Mecque telle qu’elle était réellement à son époque et la ville imaginée.

Conclusion

En transformant l’islam des origines, où Jérusalem était « au cœur des attentions des premiers croyants et du Mahomet historique », les califes ont fait émerger une nouvelle religion, « qui perdure aujourd’hui ».

L’auteur fait le « constat tragique » suivant :

Les deux islams, celui des origines comme celui des califes, sont faux. Le premier, centré sur le relèvement du temple de Jérusalem, a échoué, bien que ce relèvement ait eu lieu vers 638. Le second est fondé sur un mensonge historique, une immense « fake news » imposée par le pouvoir politique, dont témoigne toujours la ville imaginaire de La Mecque.

Quant à Bruno Guillot, qui a écrit une introduction au livre et qui connaît bien La Mecque et ce qu’elle est devenue, c’est-à-dire une « Las Vegas spirituelle », il remarque :

Le contraste est brutal. D’un côté, une modernité qui hurle sa puissance à travers le gigantisme ; de l’autre, un passé qui murmure par son absence.

La Mecque, ville imaginaire, Odon Lafontaine et le Collectif Nour Al Aalam, 190 pages, éd. Nour Al Aalam

Livre précédent publié par Lumière du monde – Nour Al Aalam

Adieu Soulayman, Bruno Guillot, 256 pages, en collaboration avec Marie Bourgois

Publication commune LesObservateurs.ch et Le blog de Francis Richard

Francis Richard
Francis Richard

De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), Francis Richard a travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et s'intéresse aux arts et lettres. Il anime le blogue "Semper longius in officium et ardorem".

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