Tech : Infomaniak veut entrer à la Bourse suisse par une fusion inversée avec Perrot Duval
Le spécialiste genevois du cloud souverain refait parler de lui. Infomaniak a annoncé ce mercredi 29 juillet son intention d’entrer en bourse, révèle Le Temps. Ses actionnaires ont signé un accord avec Perrot Duval Holding, société cotée à Zurich depuis 1905, en vue d’une fusion inversée : Perrot Duval acquerra 100 % du capital d’Infomaniak en échange de l’émission exclusive de nouvelles actions dans le cadre d’une augmentation de capital, avant d’être renommée « Infomaniak ».
L’opération doit encore être approuvée par l’assemblée générale de Perrot Duval, convoquée le 24 septembre, ainsi que par les autorités boursières (SIX Exchange Regulation et Regulatory Board de SIX Swiss Exchange). En cas de feu vert, la fusion serait finalisée au plus tôt le 25 septembre, la cotation des nouvelles actions intervenant ultérieurement. Parallèlement, Perrot Duval cède l’intégralité de sa participation dans Füll Process à la direction de celle-ci (management buy-out).
L’entrée en bourse marquerait un tournant pour cet ardent défenseur de la souveraineté numérique suisse et européenne. Fondée à Genève il y a plus de 30 ans et développée sans capitaux propres extérieurs, l’entreprise – qui revendique 100 % de son personnel et de ses infrastructures en Suisse – s’est bâtie en contre-modèle des géants américains : messagerie, suite collaborative kSuite, hébergement et stockage sont conçus et opérés dans ses propres data centers helvétiques, avec la protection des données et la durabilité comme argument commercial. Elle a récemment étendu cette logique à l’intelligence artificielle avec Euria, son assistant IA souverain, dont les données restent traitées en Suisse – une alternative revendiquée à ChatGPT et consorts, au moment où les exigences réglementaires et la reprise de contrôle des données portent structurellement le marché du cloud souverain européen.
Le pari n’a jusqu’ici rien d’idéologique sur le plan financier : Infomaniak emploie plus de 300 personnes et sert un million d’utilisateurs, dont 300 000 clients payants. En 2025, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 54,2 millions de francs, en hausse de 14 %, pour un EBITDA de 19,9 millions. Ses fonds propres atteignaient 38,6 millions fin décembre, pour un total d’actifs de 90 millions. La cotation lui donnerait les moyens d’accélérer, sans passer sous pavillon étranger, sur un marché où l’Europe cherche encore ses champions.