jeudi 30 juillet 2026
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France : expulsion de Xenia Fedorova, l’ex-dirigeante de RT France annonce contester la décision

Frappée mercredi par un arrêté ministériel d'expulsion, Xenia Fedorova ne compte pas quitter la France sans se battre. Son avocat, Me Emmanuel Piwnica, a fait savoir à l'AFP qu'un recours serait déposé sans délai, dénonçant une mesure qui, selon lui, bafoue gravement la liberté d'expression d'une journaliste dont l'activité a toujours été exercée dans les règles.

Les Observateurs (la rédaction)
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Le ministère de l’Intérieur a confirmé à l’agence la notification de cet arrêté, dont l’existence avait – opportunément – d’abord fuité dans Libération. D’après le texte cité par le quotidien, la présence sur le sol français de l’ancienne patronne de RT France représenterait une « menace particulièrement grave et actuelle » pour l’ordre public, son comportement étant jugé contraire aux intérêts fondamentaux de l’État.

Ce que l’arrêté lui reproche concrètement ? Ses « narratifs » : servir de courroie de transmission aux campagnes de désinformation prêtées à Moscou – ce dont l’intéressée se défend –, manipuler l’opinion, saper la confiance des citoyens dans leurs institutions. Aucun acte matériel n’est cité, seulement des prises de parole – tenues à visage découvert, sur des antennes régulées par l’Arcom.

Âgée de 45 ans, la chroniqueuse intervient régulièrement sur CNews et Europe 1 et tient une rubrique dans le JDNews, autant de médias appartenant à la sphère de Vincent Bolloré – un environnement qui ne compte pas que des amis au sein du reste de la presse. Elle est par ailleurs déjà frappée d’une interdiction d’entrée en Allemagne, d’après des informations recueillies par l’AFP.

Le dossier avait pris une tournure polémique fin mai, lorsqu’on avait appris que son titre de séjour avait été prolongé en 2024 pour une durée de dix ans, au moment même où un article du Monde lui prêtait – c’est la thèse du quotidien de gauche – un ascendant croissant sur le milliardaire conservateur. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait alors défendu un renouvellement de routine, accordé de plein droit comme il s’en délivre quotidiennement, et écarté toute intervention gouvernementale. Deux mois plus tard, la même administration juge sa présence intolérable : on cherchera la cohérence.

À la tête de la déclinaison française de RT jusqu’à son interdiction dans l’Union européenne en mars 2022, consécutive à l’invasion de l’Ukraine, Xenia Fedorova relaie fréquemment le point de vue de Moscou dans les médias où elle officie – un tropisme qu’elle assume, tout en récusant l’étiquette de propagandiste. Son cas dépasse largement sa seule personne : elle est devenue la figure centrale d’une guerre des récits où chaque bloc dénonce la propagande de l’autre. D’un côté, Emmanuel Macron, le gouvernement et une presse alignée sur les positions de Bruxelles et de Washington – Le Monde en tête – voient en elle la voix du Kremlin et réclament, jusqu’au Parlement européen, des sanctions ; de l’autre, ses défenseurs retournent l’accusation et pointent chez ses accusateurs un atlantisme tout aussi militant. Et derrière la chroniqueuse se profile la véritable cible : Vincent Bolloré et ses médias, dont Fedorova offre le point d’attaque idéal. Chaque camp entend imposer son récit, menace pour la démocratie ou journaliste persécutée ; mais un seul des deux dispose d’arrêtés ministériels pour clore le débat.

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