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Royaume-Uni : un rapport place l’immigration soudanaise sous les projecteurs

La question migratoire est en train de s'imposer comme le sujet politique central de l'année 2026 sur tout le continent européen. Au Royaume-Uni, une agression violente à Belfast a récemment focalisé l'attention sur la communauté soudanaise. C'est dans ce contexte général que s'inscrit le nouveau rapport de l'Institut pour la Remigration, qui en analyse l'impact économique et sécuritaire.

Dimitri Fontana
18 juin 2026
4 min de lecture

L’a­gres­sion par­ti­cu­liè­re­ment vio­lente com­mise à Bel­fast par un réfu­gié sou­da­nais a relan­cé au Royaume-Uni un débat qui, jus­qu’à pré­sent, s’é­tait sur­tout concen­tré sur d’autres natio­na­li­tés. Pro­fi­tant de l’é­mo­tion sus­ci­tée par cette affaire, l’Ins­ti­tut pour la Remi­gra­tion (Ins­ti­tute for Remi­gra­tion, IFR) a publié un rap­port consa­cré à la com­mu­nau­té sou­da­naise ins­tal­lée outre-Manche, en s’ap­puyant sur des don­nées offi­cielles bri­tan­niques rela­tives à l’a­sile, à l’emploi, à l’é­du­ca­tion et à la cri­mi­na­li­té.

L’é­tude part d’une ques­tion simple : les béné­fices mesu­rables de cette immi­gra­tion com­pensent-ils les coûts et les risques qu’elle engendre ?

Une présence en forte croissance

Selon les don­nées du recen­se­ment bri­tan­nique de 2021, plus de 38 000 res­sor­tis­sants sou­da­nais vivaient alors au Royaume-Uni. L’IFR estime que leur nombre dépasse aujourd’­hui les 50 000 per­sonnes, compte tenu de l’aug­men­ta­tion conti­nue des arri­vées depuis le déclen­che­ment de la guerre civile au Sou­dan.

Au cours des années 2023, 2024 et 2025, près de 14 000 demandes d’a­sile ont été dépo­sées par des res­sor­tis­sants sou­da­nais. La très grande majo­ri­té des deman­deurs sont des hommes. Les don­nées citées par le rap­port montrent éga­le­ment une forte pro­gres­sion des demandes éma­nant de jeunes adultes âgés de 18 à 29 ans.

Autre élé­ment rele­vé : la plu­part des demandes sont intro­duites une fois les migrants déjà pré­sents sur le ter­ri­toire bri­tan­nique. Plus de 9 000 res­sor­tis­sants sou­da­nais seraient ain­si arri­vés par les tra­ver­sées clan­des­tines de la Manche à bord de petites embar­ca­tions, un phé­no­mène dont l’am­pleur a for­te­ment aug­men­té ces der­nières années.

Un taux d’acceptation exceptionnellement élevé

Les demandes d’a­sile sou­da­naises béné­fi­cient d’un taux d’ac­cep­ta­tion par­ti­cu­liè­re­ment impor­tant. D’a­près les chiffres repris par l’I­FR, plus de neuf déci­sions sur dix abou­tissent à l’oc­troi du sta­tut de réfu­gié ou d’une forme de pro­tec­tion huma­ni­taire.

Cette situa­tion s’ex­plique en par­tie par le contexte du conflit qui ravage actuel­le­ment le Sou­dan. Elle contri­bue néan­moins à faire du Royaume-Uni une des­ti­na­tion attrac­tive pour les can­di­dats à l’a­sile, estime l’ins­ti­tut.

Une insertion professionnelle limitée

L’un des aspects les plus déve­lop­pés du rap­port concerne la par­ti­ci­pa­tion au mar­ché du tra­vail.

À par­tir des don­nées du recen­se­ment de 2021, l’I­FR relève que moins de 40 % des adultes sou­da­nais en âge de tra­vailler occu­paient alors un emploi à plein temps. Plus de 16 000 per­sonnes étaient clas­sées comme éco­no­mi­que­ment inac­tives, tan­dis qu’un peu plus de 4 000 étaient offi­ciel­le­ment à la recherche d’un emploi.

Le rap­port sou­ligne que ces résul­tats ne peuvent être attri­bués uni­que­ment à un faible niveau de qua­li­fi­ca­tion. Selon les chiffres cités, près des trois quarts des adultes concer­nés dis­po­saient d’une qua­li­fi­ca­tion sco­laire ou uni­ver­si­taire, et plus de 12 000 déte­naient un diplôme de niveau licence ou supé­rieur.

Une hausse du nombre de détenus

L’IFR s’in­té­resse éga­le­ment aux sta­tis­tiques péni­ten­tiaires bri­tan­niques. En mars 2026, 197 res­sor­tis­sants sou­da­nais étaient déte­nus dans les pri­sons d’An­gle­terre et du Pays de Galles.

Si ce chiffre demeure rela­ti­ve­ment faible à l’é­chelle natio­nale, l’ins­ti­tut met en avant sa pro­gres­sion rapide. Depuis 2021, le nombre de déte­nus sou­da­nais aurait aug­men­té de plus de 150 %, ce qui en ferait l’une des natio­na­li­tés connais­sant la plus forte hausse au sein de la popu­la­tion car­cé­rale étran­gère.

Le rap­port rap­pelle éga­le­ment plu­sieurs affaires cri­mi­nelles média­ti­sées impli­quant des res­sor­tis­sants sou­da­nais ces der­nières années, notam­ment des agres­sions sexuelles et des homi­cides ayant sus­ci­té une impor­tante cou­ver­ture média­tique.

Vers un durcissement du débat migratoire

À par­tir de ces dif­fé­rents indi­ca­teurs, l’Ins­ti­tut pour la Remi­gra­tion estime que l’im­mi­gra­tion sou­da­naise ne répond pas aux cri­tères qu’il juge néces­saires à une inté­gra­tion réus­sie. L’or­ga­ni­sa­tion recom­mande notam­ment la sus­pen­sion de l’oc­troi de nou­veaux visas aux res­sor­tis­sants sou­da­nais, la dési­gna­tion du Sou­dan comme pays à haut risque migra­toire et l’in­clu­sion prio­ri­taire de cette natio­na­li­té dans d’é­ven­tuelles poli­tiques de remi­gra­tion.

Au-delà du cas sou­da­nais, ce rap­port témoigne sur­tout d’une évo­lu­tion du débat migra­toire euro­péen. De plus en plus d’or­ga­ni­sa­tions cherchent désor­mais à éva­luer les flux migra­toires à par­tir de cri­tères quan­ti­fiables tels que l’emploi, la dépen­dance aux aides publiques, la cri­mi­na­li­té ou la capa­ci­té d’in­té­gra­tion. Une approche qui gagne du ter­rain dans plu­sieurs pays occi­den­taux, à mesure que les consé­quences concrètes des poli­tiques migra­toires deviennent un sujet cen­tral du débat public.

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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