La subsidiarité au secours de la lutte contre l’immigration
Après le rejet de son initiative contre une Suisse à 10 millions, l’UDC cherche des leviers cantonaux et communaux. Une stratégie de contournement fondée sur l’aménagement du territoire plutôt que sur le droit migratoire.
Rejetée le 14 juin par 54,79 % des votants, l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! » ne signe pas la fin de l’offensive de l’UDC contre une croissance démographique alimentée par l’immigration. Franz Grüter, conseiller national lucernois, réunira fin août des représentants cantonaux du parti pour examiner « s’il existe, au niveau cantonal et communal, des possibilités de limiter l’immigration ». L’objectif consiste à déplacer le combat vers les échelons inférieurs du fédéralisme, compétents en matière d’aménagement du territoire.
Hochdorf constitue le précédent le plus directement politique. En 2015, cette commune lucernoise a accepté par 54 % l’initiative « Hochdorf grandit lentement », limitant à 0,7 % par an, en moyenne sur cinq ans, la hausse de sa population. Pour respecter ce plafond, elle a notamment renoncé provisoirement aux nouvelles mises en zone à bâtir. La mesure ne sélectionne pas les habitants selon leur nationalité, mais se contente de réduire les possibilités de construction et freine donc indirectement les implantations de nouveaux habitants.
La tentative a toutefois ses limites. À Emmen, une initiative UDC presque identique a été rejetée en 2020 par 62 % des votants. Un contre-projet moins rigide, imposant une planification plus stricte de la croissance et des zones à bâtir, a en revanche obtenu 68 % des suffrages.
Le cas de Grimisuat relève d’une logique différente. La commune valaisanne prévoit de stabiliser sa population autour de 5 000 habitants en n’ouvrant plus de nouvelles zones à bâtir, principalement parce que ses ressources en eau ne permettraient pas une croissance indéfinie. Hochdorf traduit une volonté politique de contenir la population ; Grimisuat fixe une limite dictée par les capacités matérielles du territoire.
Les communes ne pourraient donc pas fermer elles-mêmes les frontières. L’UDC chercherait plutôt à convertir une ambition migratoire rejetée au niveau fédéral en restrictions locales sur l’urbanisation. La subsidiarité servirait moins à contourner juridiquement la votation qu’à poursuivre, par d’autres compétences, le même objectif politique.