Ukraine : derrière la guerre, des réseaux criminels qui débordent jusqu’en Suisse
Call centers frauduleux, traite, rançongiciels : plusieurs réseaux criminels implantés en Ukraine projettent leurs activités bien au-delà du pays. La Suisse apparaît à la fois comme cible, terrain et partenaire d’enquête.
Soixante mille personnes pour une industrie de l’arnaque téléphonique, l’estimation donne la mesure du phénomène. L’Ukraine est devenue l’un des grands centres européens des call centers frauduleux, avec des victimes dans une trentaine de pays, dont la Suisse.
À Saint-Gall, au moins six plaintes pour escroquerie téléphonique ont été enregistrées en août et plusieurs enquêtes remontent vers l’Ukraine. Début septembre, un Ukrainien de 38 ans a encore été arrêté à Wil : il est soupçonné d’être venu récupérer l’argent qu’un homme de 93 ans devait remettre aux escrocs.
Le téléphone n’est que l’un des canaux du crime organisé de ce pays. La guerre a aussi accru la vulnérabilité des Ukrainiens déplacés face aux réseaux de traite. En Suisse, les autorités ont signalé au moins 18 victimes potentielles originaires d’Ukraine depuis 2022. Le SEM maintient d’ailleurs une campagne spécifique contre les offres d’emploi douteuses, l’exploitation sexuelle et le travail forcé. Prudence toutefois : ces chiffres ne prouvent pas l’existence d’une vaste « filière ukrainienne » vers la Suisse, mais l’existence d’un risque avéré.
La connexion est encore plus nette dans le cyber. Des groupes opérant depuis l’Ukraine ont participé à des campagnes internationales de rançongiciels qui ont frappé des organisations dans 71 pays et causé des centaines de millions d’euros de dommages. Dans l’enquête visant les réseaux LockerGoga, MegaCortex, HIVE et Dharma, Fedpol et plusieurs polices cantonales ont travaillé avec leurs homologues ukrainiens et européens. Les autorités suisses ont aussi contribué au développement d’outils gratuits de déchiffrement.
Arnaques téléphoniques, exploitation humaine, rançongiciels sont les trois vecteurs les plus importants du crime organisé ukrainien vers la Suisse. Kiev combat une partie de ces réseaux, parfois avec Berne. Cela n’efface pas le constat : le pays est aussi devenu une base arrière de criminalités transnationales dont les victimes, les enquêteurs et les entreprises se trouvent jusque chez nous.