« Renforcer notre souveraineté » en se soumettant à Bruxelles ?
Après les propos de Roger de Weck sur la RTS, Uli Windisch dénonce une inversion totale du sens des mots et alerte sur une campagne d’intégration européenne déjà largement engagée.
Nous sommes le 1er avril 2026, mais ce que je viens d’entendre n’a rien d’un poisson d’avril. J’avoue avoir été sidéré par les propos tenus ce matin sur la Radio suisse romande par Roger de Weck, invité en tant que défenseur des nouveaux accords entre la Suisse et l’Union européenne.
Je le dis franchement : entendre un ancien directeur général du service audiovisuel public suisse affirmer qu’un rapprochement encore plus poussé avec l’Union européenne renforcerait la démocratie directe et la souveraineté de la Suisse est absolument ahurissant.
La Suisse à laquelle beaucoup d’entre nous restent profondément attachés existe précisément grâce à son indépendance politique, à son autonomie institutionnelle et à sa démocratie directe. Or voilà qu’on nous explique désormais qu’en transférant toujours davantage de compétences à des structures supranationales, nous deviendrions paradoxalement plus souverains.
Comment peut-on soutenir une telle absurdité alors même que l’Union européenne fonctionne de manière de plus en plus centralisée et autoritaire ? Il suffit d’observer la manière dont Bruxelles traite certains États membres qui refusent de s’aligner, notamment la Hongrie de Viktor Orbán. On voit très bien que l’Union européenne supporte de moins en moins les nations qui entendent défendre leurs intérêts propres et leur souveraineté.
Pour ma part, je défends depuis des décennies une Europe des nations. Mais cela n’a strictement rien à voir avec cette construction technocratique dominée par une Commission européenne qui agit comme si elle disposait d’une légitimité démocratique directe sur des centaines de millions d’Européens.
Autre élément extrêmement inquiétant : l’idée selon laquelle l’Union européenne constituerait un rempart contre les « fake news ». Nous y sommes. Désormais, toute opposition sérieuse aux orientations idéologiques dominantes est rapidement assimilée à de la désinformation. C’est un procédé devenu classique : ceux qui contestent certaines politiques européennes sont disqualifiés moralement plutôt que combattus politiquement.
J’ai également été frappé par les propos tenus sur la Hongrie. Chacun comprend aujourd’hui que Bruxelles souhaite ouvertement la chute du gouvernement hongrois parce qu’il résiste et défend une ligne nationale assumée. Ce climat devient profondément malsain. Nous avons vu récemment ce qui s’est passé en Roumanie. Nous entrons dans un monde où certains semblent considérer qu’un mauvais vote populaire peut toujours être corrigé.
Tout cela montre surtout une chose : la campagne en faveur des nouveaux accords avec l’Union européenne est déjà lancée. Une partie des élites politiques, médiatiques et intellectuelles du pays est clairement acquise à cette logique d’intégration progressive. Et ceux qui s’y opposeront seront évidemment caricaturés, méprisés ou accusés d’arriération.
Je pense au contraire qu’il devient urgent de défendre ce qui fait encore la singularité de la Suisse. Le double accord du peuple et des cantons sera essentiel. Certains cantons savent très bien ce que signifie la tutelle d’un pouvoir extérieur. Cette mémoire historique existe encore.
Je le dis donc clairement : ne nous laissons pas abuser par ce discours qui prétend qu’un abandon progressif de souveraineté renforcerait notre liberté. La Suisse possède aujourd’hui l’une des démocraties les plus avancées au monde. C’est précisément cette indépendance qu’il faut préserver.