OMERTA n°13 : radiographie d’un Occident qui vacille
Avec « Occident dégénéré », le trimestriel d'enquêtes fondé par Charles d'Anjou et Régis Le Sommier signe son numéro le plus ambitieux : de l'affaire Epstein aux rapports Kinsey, de Matzneff aux 70 000 plaintes en souffrance dans les parquets, 132 pages pour documenter ce que d'autres se contentent de déplorer.
Certaines couvertures sont des programmes. Celle du numéro 13 d’OMERTA – « Occident dégénéré », suivi d’une énumération qui ne s’embarrasse d’aucune précaution oratoire – a tout pour déclencher les réflexes conditionnés du commentariat. Ce serait passer à côté de l’essentiel : derrière le titre choc, le trimestriel de Charles d’Anjou et Régis Le Sommier livre sa livraison la plus consistante, où le cri d’alarme s’adosse à un vrai travail d’enquête.
Le pari est énoncé sans détour dans l’éditorial : des phénomènes en apparence disjoints – l’onde de choc Epstein, la banalisation intellectuelle de la pédophilie depuis les années 1970, la violence militante, l’idéologie déconstructrice – participeraient d’une même dynamique de dissolution, à l’œuvre depuis mai 68. Thèse forte, assumée comme telle. Le mérite du magazine est de ne pas s’en tenir au slogan et de la mettre à l’épreuve sur cent trente-deux pages, avec des signatures qui parlent chacune depuis leur compétence.
C’est sur la généalogie de la pédocriminalité que le numéro frappe le plus juste, et avec le plus de matière. Karl Zéro, qui traquait le système Epstein dès L’Envers des affaires quand la presse française détournait le regard, raconte comment il a plongé dans les trois millions de documents déclassifiés fin janvier pour nourrir Dans la peau d’Epstein – et rappelle au passage le versant français du dossier, l’avenue Foch, Saint-Tropez, le pourvoyeur Jean-Luc Brunel, et ce bilan judiciaire qui tient en un mot : aucune condamnation à ce jour, des deux côtés de l’Atlantique. L’entretien avec Marion Sigaut remonte plus loin encore, jusqu’aux rapports Kinsey de 1948 et 1953, best-sellers que presque personne n’a lus : s’appuyant sur les travaux de Judith Reisman, elle exhume le fameux « tableau 34 » et la réalité expérimentale qu’il recouvre – des enfants livrés à des protocoles qu’aucune époque n’aurait dû tolérer, au fondement d’une prétendue science. L’essai consacré à Gabriel Matzneff complète le triptyque en démontant l’alibi gréco-romain, de Platon à Montherlant, dont l’écrivain a drapé ses crimes avec la complaisance d’un certain monde littéraire. Et Michel Taube ramène le tout au présent français : l’affaire Lyhanna, le périscolaire parisien, et ce chiffre vertigineux lâché par le ministre de l’Intérieur lui-même – plus de 70 000 plaintes pour violences sur mineurs en souffrance dans les parquets. La boucle générationnelle qu’il trace, des éloges impunis de la génération Cohn-Bendit à l’impunité présente, donne à la thèse du numéro son argument le plus dérangeant.
Autour de ce cœur, la polyphonie évite le pamphlet monocorde. Le colonel Jacques Hogard, mémoire du Rwanda et du Kosovo, retrace la mutation d’une OTAN défensive en machine offensive et pointe des populations ouest-européennes qui ont perdu jusqu’au sens concret de la guerre. Le criminologue Xavier Raufer analyse la mondialisation de l’illicite, Philippe d’Iribarne le jeu de dupes où gauchistes et islamistes s’instrumentalisent mutuellement, Jérémy Stubbs le scandale britannique des grooming gangs, tandis que Rodolphe Cart signe un doublé politique culotté : la parole d’un ex-Insoumis qui brise l’omerta interne, et une question que peu osent formuler – LFI est-elle devenue le parti de la guerre civile ? Laurent Dandrieu, enfin, élève le débat d’un cran en rappelant que le siècle de la laideur fut aussi celui des totalitarismes, et que la Beauté ne sauvera le monde qu’adossée à la Vérité.
Reste la marque de fabrique de la maison : le terrain. Le témoignage d’un pédophile recueilli par Clara Pollet, d’une froideur clinique éprouvante, en dit plus long que dix tribunes indignées – regarder ce que personne ne veut regarder, sans esthétiser ni détourner les yeux. Et l’article sur l’ivresse du pouvoir rappelle sobrement le destin de Virginia Giuffre, figure centrale des accusations, qui s’est donné la mort en avril 2025 sans avoir vu la justice passer : tout le basculement de l’époque est là, d’un imaginaire de confiance implicite envers les élites à un imaginaire de vigilance permanente.
Que le lecteur souscrive ou non à la grille de lecture d’ensemble importe finalement moins que la matière offerte pour en juger. Dans un paysage médiatique où l’indignation tient trop souvent lieu d’enquête, OMERTA fait le pari inverse : documenter d’abord, conclure ensuite. Sa couverture crie, mais ses pages argumentent.
Pour aller plus loin
OMERTA n°13 (juin-juillet-août 2026), « Occident dégénéré – Jusqu’où iront-ils ? », 132 pages, 14,90 €. En vente en kiosque et sur abonnement sur le site du magazine.