Neutralité et réarmement : le réquisitoire d’Urs Maurer-Lambrou contre le DDPS
Les Suisses se prononcent ce dimanche sur l’inscription de la neutralité perpétuelle et armée dans la Constitution. Pour l’avocat Urs Maurer-Lambrou, ce vote est indissociable des milliards réclamés pour l’armée, car dans les deux cas, c’est au Département fédéral de la défense qu’on demande de faire confiance.
Dans un long réquisitoire publié par Forum Geopolitica, l’avocat zougois Urs Maurer-Lambrou accuse le Département fédéral de la défense (DDPS) de rapprocher la Suisse de l’OTAN sans consulter le peuple et d’accumuler les fiascos financiers.
Sur l’argent, son article dresse un bilan accablant. RUAG, l’armurier de la Confédération, a bradé des chars Leopard malgré une alerte lancée dès 2019, restée sans suite jusqu’à ce que le Contrôle fédéral des finances évoque en 2025 des soupçons de fraude ; la même entreprise a aussi payé une rançon à des pirates informatiques et cédé en 2022 à Beretta l’usine de munitions de Thoune, aujourd’hui menacée. Côté américain, le « prix fixe » du F-35 n’a jamais existé, le surcoût étant estimé entre 650 millions et 1,3 milliard de francs, et Washington a même puisé dans le compte suisse du F-35 pour se payer le Patriot malgré le gel des versements décidé par Berne.
Sur la neutralité, le constat est plus grave encore : ni les exercices en Pologne et en Bulgarie, ni l’adoption des normes d’interopérabilité de l’OTAN, ni la création d’un Secrétariat d’État à la politique de sécurité (SEPOS) n’ont été soumis au peuple. Des documents obtenus par le Blick montrent qu’en 2024, le SEPOS a combattu un contre-projet du DFAE qui inscrivait la neutralité armée dans la Constitution, sanctions exceptées, au motif qu’il aurait trop restreint les possibilités de coopération.
Face aux 24 milliards que réclame le Conseil fédéral pour l’armement, via la TVA et un fonds d’emprunt qui échappe au référendum obligatoire, Urs Maurer-Lambrou en tire deux conclusions : pas un franc de plus tant que le département n’aura pas rendu compte de ce qu’il possède, et un OUI ce dimanche, car « ce qui a été garanti à Paris en 1815 ne doit pas être abandonné par Berne ».