30 % d’élèves étrangers maximum par classe : l’idée italienne traverse les Alpes
L’Italie veut plafonner à 30 % le nombre de certains élèves étrangers dans les classes et interdire les voiles couvrant le visage à l’école. Sur la burqa, la Suisse est déjà plus stricte. Sur les classes, le contraste est frontal : Rome limite la concentration, Zurich finance davantage les écoles qui la subissent.
Le gouvernement italien vient d’adopter un décret-loi qui combine deux mesures : à partir de 2027-2028, les classes de première année devront limiter à 30 % certains élèves de nationalité étrangère. Burqa, niqab et toute autre tenue empêchant l’identification du visage seront interdites à l’école, sous peine de 200 à 1 000 euros d’amende. Le texte doit encore être converti par le Parlement dans les soixante jours pour prendre effet.
Dans le cadre de ce décret-loi, le mot « étrangers » est plus complexe qu’il n’y paraît. Dans le primaire, le plafond de 30 % vise les élèves non italiens qui ne sont pas nés en Italie ou n’y ont pas suivi au moins deux années de maternelle. Dans le secondaire, ceux qui n’ont pas accompli avec succès au moins trois années dans le système italien. Rome cible donc surtout les nouveaux arrivants ou les élèves encore peu intégrés au cursus national.
Le chiffre de 30 % n’est pas davantage une invention de 2026. Une circulaire de 2010 fixait déjà ce plafond, avec des dérogations selon la maîtrise de l’italien ou les réalités locales. Le décret précise et renforce donc un outil ancien plutôt qu’il ne le crée.
Sur la dissimulation du visage, la Suisse a déjà franchi une étape supplémentaire. Depuis le 1er janvier 2025, elle l’interdit dans tous les lieux accessibles au public, et pas seulement dans les écoles. L’amende d’ordre est de 100 francs si elle est payée sur place et peut atteindre 1 000 francs dans le cas contraire, où elle passe en procédure pénale ordinaire.
Élèves étrangers : Rome plafonne, Zurich compense
Côté classes, aucun plafond national comparable n’existe : l’école obligatoire relève des cantons. Le débat est toutefois désormais national. En janvier 2026, l’UDC suisse a réclamé une limite au nombre d’élèves allophones par classe, Benjamin Fischer affirmant qu’à 30 % l’enseignement devenait « presque impossible ». À Lucerne, un postulat déposé en mai demande lui aussi une limite au nombre d’élèves suivant l’allemand comme seconde langue.
Zurich prend le problème par l’autre bout. Avec le programme QUIMS, les établissements dont le « Mischindex » – combinant langue première étrangère et nationalité – atteint 40 %, et dont l’indice social dépasse la moyenne, reçoivent des moyens supplémentaires ; au-delà de 60 %, l’aide par classe augmente encore. À Rome, le seuil sert à empêcher une concentration supplémentaire, tandis qu’à Zurich, il sert à déclencher davantage de moyens.
Ailleurs en Europe, les réponses divergent également. La France interdit la dissimulation du visage dans tout l’espace public, avec 150 euros d’amende dans le cas général ; les Pays-Bas ont choisi une interdiction partielle visant notamment écoles, bâtiments publics, établissements de santé et transports. Sur la composition des classes, la Flandre permet plutôt de réserver jusqu’à 20 % des places à des groupes sous-représentés, tandis que la Catalogne utilise des proportions maximales d’élèves à besoins éducatifs spécifiques pour lutter contre la ségrégation scolaire.
L’OCDE souligne enfin qu’un plafond fixe devient difficile à appliquer lorsque la part d’élèves immigrés varie fortement selon les territoires. Derrière un même objectif d’intégration, trois méthodes coexistent ainsi : répartir les élèves, renforcer les moyens ou combiner les deux.