Mercosur : le Conseil national dit non, mais rien n’est joué
Le Conseil national a rejeté l'accord de libre-échange entre l'AELE et le Mercosur, au grand soulagement du monde paysan. Mais la Chambre a aussi refusé les 880 millions prévus pour accompagner les agriculteurs, et la coalition qui a fait tomber le texte réunit des intérêts contradictoires. Le Conseil des États tranchera en septembre : autant dire que rien n'est joué.
Le Conseil national a rejeté mercredi l’accord de libre-échange entre l’Association européenne de libre-échange (AELE), dont la Suisse fait partie, et le Mercosur − le bloc réunissant l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Le texte a été repoussé par 96 voix contre 86, avec neuf abstentions, au terme d’un long débat. Le dossier passe désormais au Conseil des États, qui se prononcera en septembre.
Un signal favorable aux paysans
Pour le monde agricole, le vote a valeur de victoire. En contrepartie d’économies estimées à 150 millions de francs par an en droits de douane, la Suisse aurait accepté d’importer davantage de viande et de vin sud-américains. L’Union suisse des paysans y voyait une concurrence déloyale, les produits importés n’étant pas soumis aux mêmes exigences environnementales et de production. Son président, le conseiller national Markus Ritter (Centre), a estimé que l’agriculture était « sacrifiée » sur l’autel de l’accord.
Comme il fallait s’y attendre, le gouvernement fédéral défendait l’accord. Les contingents supplémentaires sont « modestes » et représentent moins de 2 % de la consommation totale, a plaidé en vain le président de la Confédération Guy Parmelin, pour qui la situation reste « supportable ».
Le paradoxe des 880 millions
Le rejet de l’accord s’accompagne toutefois d’une décision qui complique la lecture. Quelques instants plus tôt, la Chambre avait écarté de justesse − par 94 voix contre 91 − un crédit de 880 millions de francs, prévu entre 2028 et 2035, destiné précisément à compenser les effets de l’accord sur les paysans suisses.
Autrement dit, une partie des défenseurs du monde agricole a refusé à la fois l’accord et l’enveloppe censée en amortir les conséquences. Le geste est cohérent pour qui rejette l’ensemble du paquet, mais il rappelle que ce « non » se solde, pour l’instant, par l’absence de toute mesure d’accompagnement.
Une coalition aux motivations opposées
Le résultat repose sur une alliance de circonstance : l’ensemble de la gauche, une partie de l’UDC et quelques voix du Centre. Les motivations, elles, divergent profondément.
La gauche n’a pas obtenu l’adoption de ses propositions sur les droits humains et la protection de l’environnement. Le Parti socialiste espérait fixer des standards minimaux, notamment face au travail forcé ; les Verts s’opposaient à l’accord par principe. « Il faut avoir le courage de dire non. Un autre système est possible », a lancé le Genevois Rudi Berli, jugeant le texte néfaste pour les paysans, l’environnement, les droits humains et les populations indigènes.
Cette coalition hétéroclite, qui réunit protectionnisme agricole et préoccupations sociales et écologiques, pourrait ne pas se reformer au Conseil des États.
Diversifier, malgré les tensions
Les partisans de l’accord mettent en avant le contexte commercial. Le texte offre « une nouvelle opportunité de diversifier les relations économiques de la Suisse » dans une période de tensions, a souligné Laurent Wehrli (PLR/VD) au nom de la majorité de la commission. Au nom du Conseil fédéral, Guy Parmelin a qualifié le résultat des négociations d’« excellent et globalement très favorable » à la Suisse, ajoutant que des engagements contraignants avaient été pris en faveur du développement durable.
Et maintenant ?
Le vote du Conseil national n’est qu’une première étape. Le Conseil des États tranchera en septembre, et la suite dépendra notamment de la solidité d’une coalition née de motivations contradictoires. Pour les paysans suisses, c’est donc un soulagement réel − mais provisoire, et obtenu au prix du renoncement, pour l’heure, aux aides prévues pour les soutenir.