Drogues : Berne veut légaliser le thermomètre
Berne veut simplifier le drug checking, ces tests anonymes qui révèlent ce que contiennent réellement cocaïne, MDMA, kétamine ou drogues de synthèse. L'enjeu n'est pas que sanitaire : il s'agit aussi de regarder le marché tel qu'il est plutôt que de légiférer à l'aveugle, sans céder pour autant à la banalisation de l'usage.
Dans un rapport du 24 juin, le Conseil fédéral qualifie le drug checking de « mesure essentielle de réduction des risques et d’intervention précoce ». Cette procédure gratuite et anonyme permet, dans des locaux fixes ou en festival, de faire analyser la qualité des stupéfiants. Le Conseil fédéral propose désormais de sécuriser juridiquement cette offre, qui existe déjà mais repose sur des bases fragiles − « une interprétation souple du cadre existant », selon le rapport. Berne veut une autorisation unique, délivrée par le canton compétent, à la place du parcours actuel entre canton, Swissmedic, DFI et OFSP.
Les chiffres zurichois donnent la mesure de l’urgence. En 2025, le Drogeninformationszentrum a analysé 4 685 échantillons et conseillé 4 247 consommateurs. La cocaïne testée affichait une pureté moyenne de 87,3 %. Plus de 90 % des échantillons de MDMA étaient trop dosés, avec une pilule montant à 394,5 mg − de quoi transformer chaque prise en pari sur sa propre santé.
Les alertes d’Addiction Suisse, qui défend une approche centrée sur la prévention, pointent dans la même direction. En 2025, plus de 40 alertes ont concerné le cannabis, dont une quinzaine liées à des cannabinoïdes de synthèse. Plus de la moitié des alertes issues du drug checking portaient sur l’ecstasy ; cathinones et kétamine inquiètent également. En mars 2026, le DFI a ajouté de nouvelles substances psychotropes aux tableaux des stupéfiants interdits.
La Suisse avance par petits pas : essais pilotes de cannabis depuis 2021, accès facilité au cannabis médical depuis 2022, projet de loi sur les produits cannabiques en discussion. Un sondage HES-SO/Link cité par Blick situait à 64 % le soutien à un projet pilote de distribution encadrée − un chiffre mesuré en Valais, le soutien à la légalisation proprement dite restant plus partagé.
Le rapport du 24 juin n’esquive pas l’objection. Il évoque le « risque d’une banalisation ou d’un encouragement indirect à la consommation de substances illicites », avant de l’écarter. Un rapport vaudois de 2019 sur le drug checking soulevait déjà le même risque de « banalisation de la consommation de drogues voire d’une incitation à celle-ci ».