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Drogues : Berne veut légaliser le thermomètre

Berne veut simplifier le drug checking, ces tests anonymes qui révèlent ce que contiennent réellement cocaïne, MDMA, kétamine ou drogues de synthèse. L'enjeu n'est pas que sanitaire : il s'agit aussi de regarder le marché tel qu'il est plutôt que de légiférer à l'aveugle, sans céder pour autant à la banalisation de l'usage.

Richard Dalleau
30 juin 2026
2 min de lecture

Dans un rap­port du 24 juin, le Conseil fédé­ral qua­li­fie le drug che­cking de « mesure essen­tielle de réduc­tion des risques et d’in­ter­ven­tion pré­coce ». Cette pro­cé­dure gra­tuite et ano­nyme per­met, dans des locaux fixes ou en fes­ti­val, de faire ana­ly­ser la qua­li­té des stu­pé­fiants. Le Conseil fédé­ral pro­pose désor­mais de sécu­ri­ser juri­di­que­ment cette offre, qui existe déjà mais repose sur des bases fra­giles − « une inter­pré­ta­tion souple du cadre exis­tant », selon le rap­port. Berne veut une auto­ri­sa­tion unique, déli­vrée par le can­ton com­pé­tent, à la place du par­cours actuel entre can­ton, Swiss­me­dic, DFI et OFSP.

Les chiffres zuri­chois donnent la mesure de l’ur­gence. En 2025, le Dro­ge­n­in­for­ma­tions­zen­trum a ana­ly­sé 4 685 échan­tillons et conseillé 4 247 consom­ma­teurs. La cocaïne tes­tée affi­chait une pure­té moyenne de 87,3 %. Plus de 90 % des échan­tillons de MDMA étaient trop dosés, avec une pilule mon­tant à 394,5 mg − de quoi trans­for­mer chaque prise en pari sur sa propre san­té.

Les alertes d’Addic­tion Suisse, qui défend une approche cen­trée sur la pré­ven­tion, pointent dans la même direc­tion. En 2025, plus de 40 alertes ont concer­né le can­na­bis, dont une quin­zaine liées à des can­na­bi­noïdes de syn­thèse. Plus de la moi­tié des alertes issues du drug che­cking por­taient sur l’ecs­ta­sy ; cathi­nones et kéta­mine inquiètent éga­le­ment. En mars 2026, le DFI a ajou­té de nou­velles sub­stances psy­cho­tropes aux tableaux des stu­pé­fiants inter­dits.

La Suisse avance par petits pas : essais pilotes de can­na­bis depuis 2021, accès faci­li­té au can­na­bis médi­cal depuis 2022, pro­jet de loi sur les pro­duits can­na­biques en dis­cus­sion. Un son­dage HES-SO/­Link cité par Blick situait à 64 % le sou­tien à un pro­jet pilote de dis­tri­bu­tion enca­drée − un chiffre mesu­ré en Valais, le sou­tien à la léga­li­sa­tion pro­pre­ment dite res­tant plus par­ta­gé.

Le rap­port du 24 juin n’es­quive pas l’ob­jec­tion. Il évoque le « risque d’une bana­li­sa­tion ou d’un encou­ra­ge­ment indi­rect à la consom­ma­tion de sub­stances illi­cites », avant de l’é­car­ter. Un rap­port vau­dois de 2019 sur le drug che­cking sou­le­vait déjà le même risque de « bana­li­sa­tion de la consom­ma­tion de drogues voire d’une inci­ta­tion à celle-ci ».

Richard Dalleau
Richard Dalleau

Ancien reporter de guerre, Richard Dalleau a couvert des conflits aussi bien sur le terrain que dans leurs implications géopolitiques. Il traite des questions de Défense, de terrorisme, les sujets de société (immigration, délinquance…) et des menaces sur les libertés publiques. Il a collaboré ou eu des responsabilités d’encadrement (SR, rédacteur en chef) dans des médias de presse écrite et des agences de presse internationales.

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