Gaillard : sept fusillades liées au narcotrafic aux portes de Genève
À Gaillard, à quelques centaines de mètres de Genève, sept fusillades ont marqué l’été autour d’un point de deal. La frontière sépare encore les polices bien davantage qu’elle ne désunit le marché de la drogue.
« Ton achat au quartier du Chalet provoque des tirs ». Après un été marqué par sept fusillades autour du point de deal de la Sigem, la mairie de Gaillard vise désormais les consommateurs. Le trafic est installé depuis des années dans ce quartier situé à quelques centaines de mètres de Genève. En mai 2025 déjà, des tirs de kalachnikov avaient éclaté autour du même point de vente. Un an plus tard, le commerce était toujours là, les tirs de fusil d’assaut aussi.
L’affaire concerne directement la Suisse. En Haute-Savoie, 546 opérations sur des points de deal ont été menées en 2025 ; 690 trafiquants ont été interpellés, 3 416 consommateurs sanctionnés et 89 kg de cocaïne, 72 kg de cannabis et 14 kg d’héroïne saisis. Les réseaux profitent d’un bassin urbain continu et d’une frontière que leurs hommes franchissent plus facilement que ne peuvent le faire les forces de l’ordre. Elle n’est pourtant pas un sanctuaire juridique : le CCPD de Genève, exploité avec la France depuis 2002, échange renseignements et soutien opérationnel, tandis qu’une brigade franco-suisse travaille à Annemasse.
Présenter Genève comme le simple client des points de deal français serait toutefois réducteur, car le canton possède son propre marché. En 2025, la police a enregistré 4 016 infractions à la LStup, en baisse de 11 %, tout en menant 1 693 opérations liées aux stupéfiants. La moitié concernait le crack et le seul deal de rue a mobilisé 29 326 heures de police. Le recul des infractions interdit de parler d’une explosion générale ; l’effort policier montre en revanche que le marché reste loin d’être marginal.
L’affaire Happy Mania en a montré un autre visage. Selon un rapport de police cité par Le Temps, sa comptabilité ferait apparaître plus de 15 000 livraisons en 2024, pour 2,9 millions de francs de revenus. Le réseau, dont les responsabilités individuelles restent à établir judiciairement, aurait distribué cocaïne, MDMA et cannabis comme un service de livraison. Une méthode moins visible qu’un point de deal, mais solidement structuré : l’organisation associait livreurs, standardistes et collecteurs.
Le trafic de rue n’a pas disparu pour autant. En avril, des habitants du quai du Seujet ont déposé une pétition contre les nuisances liées au deal, évoquant cages d’escalier occupées et dégradations. Gaillard rappelle donc une réalité peu confortable : Genève n’est pas seulement voisine du narcotrafic français, elle appartient au même bassin criminel.