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Guerre contre l’Iran : 90 milliards de facture pour l’Europe, et la Suisse paie aussi

Ursula von der Leyen chiffre à 90 milliards d’euros le surcoût énergétique payé par l’Union européenne depuis la fermeture du détroit d’Ormuz. Elle se garde bien de dire qui a ouvert les hostilités : les États-Unis et Israël. La Suisse paie elle aussi, à la pompe, sur la facture de mazout et sur les billets d’avion.

Dimitri Fontana
20 septembre 2026 Modifié le 20 septembre 2026 à 12h19
5 min de lecture

Le 28 février, les États-Unis et Israël ont bombardé l’Iran. Téhéran a répliqué en fermant le détroit d’Ormuz, par où passe d’ordinaire un cinquième du pétrole brut mondial. Un protocole d’accord signé le 17 juin prévoyait la réouverture du passage ; les Gardiens de la révolution l’ont refermé en juillet et les frappes américaines ont repris. Sept mois plus tard, la Commission européenne a fait ses comptes.

« Puis le détroit d’Ormuz a été fermé »

Le 16 septembre, dans son discours sur l’état de l’Union devant le Parlement de Strasbourg, Ursula von der Leyen a annoncé que les importations de combustibles fossiles avaient coûté « quelque 90 milliards d’euros supplémentaires » aux Vingt-Sept depuis le début du conflit, « sans que le moindre quantum d’énergie ait été ajouté ». Divisé par le nombre d’habitants de l’Union, cela représente environ 200 euros par personne.

« Puis le détroit d’Ormuz a été fermé », dit le discours. Fermé par qui, en réponse à quoi ? La présidente de la Commission se garde bien de le préciser. Les frappes du 28 février n’apparaissent nulle part dans le passage consacré à l’énergie, où rien n’indique que l’Europe a été mise devant le fait accompli par Washington et Jérusalem.

Pour la suite, Bruxelles propose de doubler la part de l’électricité dans la consommation d’énergie d’ici 2040, ce qui permettrait selon la Commission d’économiser 260 milliards d’euros par an sur les importations fossiles. L’échéance est dans quinze ans. En attendant, les prix montent : en France, l’Insee a mesuré en août une hausse de 28,7 % sur un an pour les produits pétroliers, et de 36,4 % pour le gazole.

En Suisse, le plein dépasse largement les 100 francs

La Suisse n’est pas membre de l’Union, mais son pétrole vient des mêmes marchés. D’après les relevés du TCS cités par Blick, le litre de sans-plomb 95 coûte en moyenne 2,05 francs et le litre de diesel 2,30 francs, avec un baril de Brent à 108 dollars. Ce sont les prix les plus élevés de l’année. Le diesel était à 1,75 franc avant le 28 février ; il n’est plus qu’à dix centimes de son record de 2022, à 2,40 francs. Pour un réservoir de 50 litres, le plein d’essence coûte désormais plus de 100 francs.

Le mazout a suivi la même pente. Selon les chiffres de Heizöl24 repris par Watson, les 100 litres dépassent 160 francs, près de 80 % de plus qu’en janvier. Septembre est le mois où les ménages remplissent leur citerne pour l’hiver, et le mazout chauffe encore 35 % des bâtiments du pays d’après l’Office fédéral de la statistique, cité par Swissinfo.

Réserves, gaz, avion, engrais

La hausse des carburants est la conséquence la plus visible, mais pas la seule.

Les réserves obligatoires. Du 8 au 20 septembre, l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE) a autorisé des prélèvements de 30 000 mètres cubes de diesel et de 30 000 mètres cubes d’essence sur les stocks obligatoires, rapporte la RTS. Le motif immédiat est une panne à la raffinerie de Cressier et le bas niveau du Rhin, qui limite le transport fluvial ; ces deux incidents tombent sur un marché que la guerre a déjà tendu.

Le gaz. La Suisse n’a pas de stockage de gaz sur son territoire et dépend des réservoirs de ses voisins. Leur remplissage pour l’hiver 2026-2027 est « grandement compliqué » par la guerre, écrit l’OFAE, l’Iran et le Qatar comptant parmi les principaux fournisseurs mondiaux.

L’avion. Swiss et Edelweiss ont augmenté leurs suppléments carburant dès le mois de mars, le prix du kérosène ayant plus que doublé depuis le début de la guerre (RTS). La crise a aussi révélé que les réserves obligatoires de kérosène ne couvraient que 72 jours, au lieu des 90 exigés par la loi.

Les prix. En août, le renchérissement a atteint 0,8 % sur un an, contre 0,3 % en mars. Les économistes attendaient 0,5 à 0,6 %. Les loyers y sont pour beaucoup, mais l’essence, le diesel et le mazout aussi (LFM, d’après l’OFS).

Les engrais. Entre 20 et 30 % des engrais mondiaux transitent par Ormuz, et le prix de l’urée a augmenté jusqu’à 60 % après le début de la guerre, selon Swissinfo. Les paysans suisses avaient acheté les engrais du printemps à l’avance ; les prochaines commandes se feront aux nouveaux prix.

Les économistes de BAK Economics, cités par Swissinfo, ont calculé qu’un baril durablement au-dessus de 100 dollars coûterait 1 700 francs par an à un ménage et 2,5 milliards de francs de valeur ajoutée à l’économie suisse. Cyril Brunner, de l’EPFZ, arrive à une facture énergétique supplémentaire d’environ 5 milliards de francs par an, du même ordre que celle de 2022.

Le franc amortit le choc

L’économie suisse résiste mieux que celles de ses voisins. Le 17 septembre, le SECO a relevé sa prévision de croissance à 1,7 % pour 2026, tout en classant le conflit iranien et les prix de l’énergie parmi les principaux risques. Le taux de change explique une bonne partie de cette résistance : le pétrole s’achète en dollars, et le dollar vaut aujourd’hui environ 0,80 franc, contre 0,96 en moyenne pendant la crise de 2022. À baril égal, la facture en francs est donc nettement plus légère qu’il y a quatre ans, comme le relève le KOF. Les pays de la zone euro, dont la monnaie a moins progressé face au dollar, ne bénéficient pas du même amortisseur.

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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